Le 12 octobre 2023, Dario Amodei, président d’Anthropic, a annoncé que sa société envisageait de contester devant le tribunal la décision du Département de la Défense (DOD) de qualifier l’entreprise de « risque pour la chaîne d’approvisionnement ». Selon Amodei, cette désignation est « juridiquement infondée » et pourrait limiter la capacité de l’entreprise à collaborer avec le Pentagone. La décision fait suite à plusieurs semaines de débats concernant le contrôle que le DOD souhaite exercer sur ses systèmes d’intelligence artificielle, notamment en ce qui concerne l’utilisation de la plateforme Claude.
Le DOD a officiellement apposé cette classification le jeudi précédent, soulignant que la désignation vise à protéger la chaîne d’approvisionnement sans pour autant restreindre tous les usages des technologies d’Anthropic. Amodei a fait savoir que la majorité des clients de la société ne seraient pas affectés par cette mesure. Il a précisé que cette désignation ne concerne que l’utilisation de Claude dans le cadre de contrats spécifiques avec le ministère de la Guerre, et non l’usage général de la technologie par l’ensemble de leurs clients.
La société entend faire valoir que la désignation est limitée dans sa portée et que ses droits d’utiliser Claude pour des usages légitimes ne sont pas entravés.
Dans un contexte tendu, Amodei a insisté sur le fait que la majorité des discussions avec le DOD avaient été productives, soulignant que certaines frictions sont survenues après la fuite d’un mémo interne où il qualifiait les démarches d’OpenAI avec le département de « théâtre de la sécurité ». À la suite de cet incident, OpenAI a annoncé qu’elle continuerait à collaborer avec le DOD, ce qui a provoqué des réactions négatives au sein de ses équipes. Amodei a présenté ses excuses pour la fuite, précisant que le mémo, écrit dans l’urgence, ne reflétait pas ses vues définitives et qu’il était désormais obsolète.
Il a également indiqué que la priorité d’Anthropic reste de garantir que les soldats américains et les experts en sécurité nationale aient accès à leurs outils, notamment dans le contexte des opérations en cours, comme celles liées à l’Iran. La société prévoit de continuer à fournir ses modèles au ministère de la Défense à un coût modique, « aussi longtemps que nécessaire » pour faciliter la transition. La possibilité de contester cette désignation en justice reste, cependant, compliquée : la loi limite en effet les moyens de faire appel et donne au Pentagone une large latitude en matière de sécurité nationale.
Selon Dean Ball, ancien conseiller à la Maison Blanche sous l’administration Trump, « les tribunaux sont généralement réticents à remettre en question les décisions du gouvernement en matière de sécurité nationale… Mais ce n’est pas impossible ».
