INFOGRAPHIES. “Ça va sans doute saigner”: le gouvernement prépare de nouvelles économies sur les arrêts de travail de longue durée (les partenaires sociaux non consultés s’attendent au pire)

Le gouvernement français s’apprête à annoncer, la semaine prochaine, de nouvelles mesures visant à réguler plus strictement les dépenses liées aux arrêts de travail. Si jusqu’ici, l’accent était principalement mis sur les arrêts courts, beaucoup plus nombreux, des réflexions sont désormais en cours pour maîtriser l’envolée des coûts liés aux arrêts de longue durée. Ces mesures interviennent dans un contexte économique où la dépense de l’assurance maladie ne cesse d’augmenter, notamment en raison de la croissance constante des indemnités journalières versées aux malades.

Selon des chiffres transmis par le cabinet de la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, le montant des indemnités journalières a connu une hausse de 45% en six ans, atteignant 17,9 milliards d’euros en 2025 contre 12,4 milliards en 2019. Cette augmentation concerne également les arrêts pour accident du travail ou maladie professionnelle. Il est à noter que ces chiffres officiels sont légèrement supérieurs aux données publiques de l’Assurance maladie, ce qui pourrait s’expliquer par la prise en compte des congés maternité dans les calculs.

Les mesures à venir visent principalement les arrêts courts, qui représentent une part significative en nombre mais une petite part financière, laissant penser que les économies seront limitées si l’on ne s’attaque pas aussi aux arrêts longs.

Depuis début mars, des réunions interministérielles ont été tenues à Matignon, sous la présidence du Premier ministre Sébastien Lecornu, pour élaborer un plan d’économies sur les dépenses liées aux arrêts de travail. Ces rencontres, menées sans concertation préalable avec les partenaires sociaux ou les associations de patients, ont suscité de nombreuses critiques. Les organisations patronales comme celles de patients déplorent leur absence, craignant une approche unilatérale qui pourrait aggraver les tensions sociales dans le secteur de la santé.

Les discussions précédentes ont déjà évoqué un possible allongement de la durée de carence des arrêts dans le secteur privé, un projet qui avait suscité un tollé en raison de son impact potentiel sur la prise en charge des salariés. Le transfert de coûts vers les entreprises, si ces mesures étaient adoptées, pourrait entraîner une augmentation du présentéisme, à savoir des salariés qui viennent travailler malgré la maladie, ce qui risque d’entraîner une baisse de productivité, voire une hausse des arrêts de longue durée, selon certains experts.

Les documents transmis lors des réunions indiquent que, bien que les arrêts de plus de 30 jours ne représentent que 25% de leur fréquence, ils concentrent 82% des coûts d’indemnisation. Des pistes existent, comme le recours accru au mi-temps thérapeutique, pour inciter les malades à revenir plus rapidement au travail. Cependant, le cabinet de Stéphanie Rist n’a pas confirmé ni infirmé la possibilité d’une telle mesure, indiquant qu’il s’agit pour l’instant d’une « piste potentielle ».

En conclusion, alors que le gouvernement cherche à faire des économies sur une branche coûteuse, il semble que les mesures pourraient particulièrement cibler les arrêts longs, qui génèrent la majorité des dépenses. Cependant, ces dernières n’ont pas encore été officiellement actées et risquent de provoquer de vives contestations, notamment de la part des associations de patients déjà mécontentes des transferts de charges vers les complémentaires santé et les salariés eux-mêmes. La mise en œuvre de nouvelles restrictions, notamment sur la durée et l’indemnisation, pourrait donc alimenter le débat public dans les prochains mois.

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