“Synergies”, “vision 360°”, “scaler en mode agile”… Les salariés qui adorent ce jargon managérial sont aussi les moins performants dans leur travail, selon une étude

Une étude récente publiée par trois économistes d’HEC, Yann Halgan, Antonin Bergeaud et Camille Frouard, met en lumière l’impact politique de l’isolement relationnel au sein des entreprises. Selon eux, l’isolement de centaines de milliers de salariés ne se limite pas à une problématique de bien-être ou de performance individuelle, mais reflète également une réalité de puissance et de contrôle dans le contexte organisationnel. Ils soulignent que cette situation doit être analysée sous l’angle politique, où les dynamiques de pouvoir et la culture d’entreprise jouent un rôle essentiel.

Par ailleurs, un autre chercheur, Shane Littrell de la Cornell University, s’est attaqué à un phénomène bien connu dans le monde professionnel : le “corporate bullshit”, ou baratin d’entreprise. À travers une expérience impliquant un générateur de discours creux, il a montré que les salariés qui croyaient le plus à ces discours vides de sens étaient aussi ceux qui prenaient systématiquement les mauvaises décisions face à des situations concrètes. Ce constat soulève des questions sur l’efficacité réelle de ces stratégies de communication managériale et leur impact sur la performance des équipes.

Se laisser séduire par le jargon d’entreprise peut sembler sans conséquence, mais cela influence directement la qualité des décisions et la performance collective, au risque de nuire à l’efficacité organisationnelle.

Les discours d’entreprise remplis de formules toutes faites – comme “co-créer une solution innovante dans une vision 360°” ou “activer des quick wins pour créer un écosystème vertueux” – illustrent ce phénomène. Selon l’étude de Littrell, ces phrases, souvent générées aléatoirement, sont perçues comme inspirantes par certains employés, alors qu’elles sont en réalité déconnectées des réalités concrètes. L’expérience montre que ces salariés, souvent très sensibles à ce type de discours, affichent une capacité analytique et une ouverture d’esprit plus faibles, ce qui les conduit à faire de moins bonnes choix dans leur travail.

Une communication qui peut devenir contre-productive

Selon le chercheur, la propagation de ce “blabla d’entreprise” peut avoir des effets délétères pour la performance globale. Les employés qui se laissent séduire par ces discours creux prennent souvent des décisions moins pertinentes, ce qui peut nuire à l’efficacité organisationnelle. De plus, ces discours souvent vagues contribuent à une communication floue, rendant difficile la transmission d’informations claires, tant en interne qu’à l’extérieur de l’entreprise.

Il apparaît aussi que ces discours sont parfois utilisés comme un outil pour compenser un sentiment d’infériorité ou de frustration, en donnant une impression d’implication et d’enthousiasme. Shane Littrell souligne que cette tendance est difficile à éradiquer, car la carrière et l’évolution professionnelle sont souvent perçues comme liées à la capacité à maîtriser et à répandre ces discours. Ironiquement, ceux qui sont les plus capables de détecter ces formules vides tendent aussi à vouloir s’en détacher ou à quitter l’entreprise.

Au final, malgré leur aspect négatif, ces phrasés creux peuvent aussi avoir quelques effets positifs, en donnant à certains employés une sensation d’inspiration ou de charisme chez leurs supérieurs. Selon Littrell, cette paradoxe montre que le phénomène ne peut pas être simplement réduit au niveau d’intelligence ou de compétence des travailleurs, mais qu’il s’agit d’une composante plus profonde de la culture d’entreprise. N’importe qui peut se laisser berner par ces discours, surtout dans un contexte où l’envie de gravir les échelons demeure forte.

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