Une étude récente menée par l’association Médecins du Monde met en lumière les conditions de travail difficiles auxquelles sont confrontés les livreurs à vélo en France. Interrogés au premier semestre 2025, plus de 1.000 livreurs actifs à Paris et Bordeaux ont partagé leur vécu, révélant une situation préoccupante tant sur le plan professionnel que sanitaire.
Les chiffres sont alarmants : ces travailleurs consacrent en moyenne 63 heures par semaine à leur activité, pour un revenu brut mensuel de seulement 1.480 euros. La majorité d’entre eux, à savoir 98%, sont des personnes immigrées, dont 68% n’ont pas de titre de séjour, et 76% louent des comptes d’autres travailleurs, souvent illégalement. Ces conditions accentuent leur vulnérabilité face aux discriminations, aux agressions et aux risques liés à leur activité.
Près de six livreurs sur dix font face à des discriminations, et une majorité active se sent surveillée en permanence, alimentant stress et épuisement.
Les témoignages recueillis évoquent également une forte exposition à la violence. Six livreurs sur dix déclarent avoir été victimes de discriminations, principalement liées à leur couleur de peau. Les agressions, verbales ou physiques, ne sont pas rares, et certains livrent aussi sous menace de signalement ou de chantage, notamment ceux en situation irrégulière. Cette jeunesse parfois vulnérable se voit contraint de faire face à un environnement hostile, tout en subissant la pression des algorithmes qui régissent leur travail.
Les conditions de travail ont de lourdes conséquences sur leur santé. De nombreuses douleurs musculaires, notamment au dos, aux épaules, aux poignets et aux genoux, ainsi que des troubles urinaires liés au manque d’accès aux toilettes, sont signalés. La fatigue chronique, l’anxiété et la dépression sont également très répandues, avec plus de la moitié des livreurs ayant déjà subi un accident ou été blessés lors de leur activité. Pourtant, seuls 68% disposent d’une couverture santé, ce qui limite leur accès aux soins, aggravant leur situation déjà fragile.
Une majorité de livreurs, soumis à un management par algorithmes, vit dans une précarité sévère, avec des conséquences délétères sur leur santé physique et mentale.
En réponse à cette problématique, l’Union européenne a adopté en novembre 2024 une directive visant à requalifier environ 5 millions de livreurs en tant que salariés, plutôt que travailleurs indépendants. Les États membres ont désormais deux ans pour intégrer cette législation dans leur cadre juridique, une étape cruciale pour améliorer durablement la situation de ces travailleurs souvent considérés comme des prestataires de service sans droits.
