Dans un contexte où l’intelligence artificielle (IA) transforme profondément le monde du travail, le gouvernement français, à travers le ministre de l’Action et des Comptes publics, David Amiel, annonce sa volonté d’engager une négociation sociale au sein de la fonction publique. L’objectif est de définir un cadre éthique, de souveraineté et de formation afin d’accompagner cette révolution numérique. Annoncée comme une démarche pionnière en France, cette négociation vise à obtenir un accord d’ici l’automne, en impliquant les syndicats et les représentants des employeurs.
Face à l’urgence de structurer l’utilisation de l’IA dans la sphère publique, le ministre insiste sur la nécessité d’un dialogue renforcé, notamment pour déterminer les usages prioritaires et établir un principe éthique. La préoccupation majeure est de garantir que l’IA serve l’intérêt général et le service public, en évitant qu’elle ne soit dominée par les intérêts étrangers, notamment américains ou chinois. La question de souveraineté numérique est donc au cœur des débats annoncés, avec une volonté claire de protéger les données et l’indépendance de la France dans cette nouvelle ère technologique.
Le gouvernement souhaite bâtir une IA d’intérêt général, avec les agents publics, pour servir le service public, tout en protégeant la souveraineté nationale.
Cependant, ce contexte n’est pas sans soulever des inquiétudes. Selon une enquête menée auprès de 2 000 agents publics issus de neuf administrations, 80 % d’entre eux souhaitent un déploiement plus large des outils d’IA, tandis que 73 % considèrent que ces outils améliorent leur productivité. Pourtant, une majorité utilise également des solutions non encadrées comme ChatGPT, ce qui soulève le risque d’un déploiement clandestin d’IA, potentiellement nuisible à la protection des données et à l’indépendance de l’État.
Pour accompagner cette transition, plusieurs mesures concrètes ont été engagées. Le gouvernement a notamment demandé à l’Institut national de service public (INSP, ex-ENA) d’adapter les formations aux enjeux liés à l’IA. De plus, dès cet été, un million d’agents publics auront accès à un outil d’enregistrement et de transcription automatique, facilitant le traitement de leur travail quotidien. La direction générale des finances publiques (DGFiP) généralise aussi un outil d’IA destiné à rendre les réponses techniques plus accessibles, ce qui illustre la volonté d’intégrer concrètement ces technologies dans l’administration.
En parallèle, la commande publique est réorientée vers des acteurs européens et français, afin de réduire la dépendance aux grandes multinationales étrangères. Par ailleurs, l’État a lancé une « Revue stratégique de la fonction publique 2035-2050 » en mars dernier, qui comporte un volet spécifique sur l’IA. Les résultats de cette revue seront dévoilés dans six mois, à un moment clé à l’approche de l’élection présidentielle, soulignant l’importance stratégique de cette réflexion pour l’avenir du service public français.
