Le débat autour des causes de la hausse du chômage des jeunes, notamment aux États-Unis, connaît un recentrage crucial suite à la publication de plusieurs études qui remettent en question la responsabilité de l’intelligence artificielle. Alors que certains analyses pointaient du doigt l’IA comme principal facteur, des travaux récents suggèrent en réalité que le télétravail pourrait jouer un rôle bien plus significatif dans cette tendance préoccupante.
Une étude menée en 2025 par des chercheurs de l’université de Stanford avait évoqué une baisse substantielle de l’emploi chez les jeunes âgés de 22 à 25 ans, principalement dans des secteurs fortement exposés à l’intelligence artificielle, tels que le développement logiciel ou le service client. Cependant, deux autres travaux distincts, réalisés par la Réserve fédérale américaine et une équipe de chercheurs britanniques, remettent en cause cette conclusion initiale. Leur message est clair : le télétravail, et non l’IA, pourrait être la cause principale de cette augmentation du chômage chez les jeunes.
Le télétravail pourrait expliquer jusqu’à 64% de l’augmentation du chômage des jeunes, ce qui instaure une nouvelle perspective sur les facteurs influençant le marché de l’emploi.
Les chercheurs de la Fed ont analysé les taux de chômage chez les jeunes en différenciant les emplois télétravaillables de ceux en présentiel. Ils ont constaté que dans les emplois pouvant théoriquement être exercés à distance, le taux de chômage a fortement augmenté chez les jeunes par rapport aux travailleurs plus expérimentés. En revanche, pour les emplois en présentiel, la hausse a été ponctuelle durant la crise sanitaire, puis est revenue à la normale. Leur étude indique que le télétravail pourrait expliquer une part prépondérante, estimée à 64%, de cette hausse du chômage chez les jeunes diplômés depuis 2017.
Une autre partie de leur recherche s’appuie sur une analyse qualitative au sein d’une grande entreprise, soulignant que la proximité physique avec les collègues favorise l’acquisition de feedbacks et l’accompagnement, essentiels à la formation des jeunes recrues. Selon eux, les entreprises hésitent à embaucher des jeunes en télétravail, car celles-ci nécessitent plus de supervision et de formation, ce qui devient complexe en environnement à distance. Une organisation du travail adaptée et une attention particulière au mentorat pourraient ainsi atténuer cette tendance.
Le télétravail, en limitant la supervision et l’accompagnement, pourrait rendre les jeunes moins attrayants pour les employeurs, contribuant ainsi à la hausse du chômage chez les débutants.
Par ailleurs, une étude conjointe réalisée par des chercheurs de la London School of Economics et d’Oxford va dans le même sens, en constatant que l’exposition à l’IA est fortement corrélée au télétravail, puisque les métiers à la fois liés à l’IA et télétravaillables sont les mêmes — par exemple développeurs ou comptables. En approfondissant leur analyse, ils ont identifié que la baisse de recrutement des jeunes dans ces secteurs est principalement liée au télétravail, et non à l’introduction récente de l’intelligence artificielle. Lorsqu’ils isolent l’effet de l’IA en excluant les emplois télétravaillables, la chute des embauches disparaît presque totalement.
Enfin, ces chercheurs suggèrent que la diffusion de l’intelligence artificielle est encore trop récente pour produire des impacts visibles sur l’emploi des jeunes. La baisse du recrutement, débutée en 2022, précède même l’adoption massive de l’IA en 2023. Leurs hypothèses avancent que la complexité de supervision et de formation en contexte à distance dissuade les entreprises d’embaucher des débutants, préférant des profils plus expérimentés. Des solutions peuvent émerger par une meilleure organisation du travail, favorisant le mentorat et la formation hybride, afin d’encourager l’intégration des jeunes dans un marché du travail en mutation.
