C’est la fin d’une ère pour le noyau Linux, le cœur du système d’exploitation qui gère le matériel et la communication réseau sur des millions de machines à travers le monde. En effet, la version 7.2 du noyau prévoit de supprimer le support d’AppleTalk, ce vieux protocole réseau utilisé par Apple dans les années 80 et 90 pour faire communiquer ses Mac entre eux. À cette époque, AppleTalk était une solution ingénieuse : il suffisait de brancher deux machines ou une imprimante pour qu’elles soient reconnues instantanément, sans configuration compliquée, incarnant une forme de plug-and-play bien avant l’heure.
Au fil des décennies, AppleTalk est devenu obsolète avec l’avènement de TCP/IP, qui est aujourd’hui le langage universel d’Internet. Bien que quelques traces subsistent dans Bonjour, la technologie d’Apple qui permet la détection automatique des appareils sur un réseau local, le protocole d’origine a disparu depuis longtemps. La suppression de près de 4000 lignes de code dans la nouvelle version du noyau intervient dans un contexte de déclin constant et de désintérêt généralisé pour ce protocole, qui a été officiellement enterré par Apple en 2009 lors de la sortie de Mac OS X Snow Leopard.
Ce pour quoi le support d’AppleTalk est supprimé, ce n’est pas tant un abandon des utilisateurs, mais plutôt une conséquence de la saturation des contributions automatiques alimentées par l’intelligence artificielle.
Ce qui a finalement déclenché cette purge, c’est la vague de correctifs automatisés générés par des modèles de langage, qui envahissaient ces dernières semaines la liste de diffusion des développeurs réseau. Ces outils, tout droit issus de l’intelligence artificielle, proposaient des patchs pour des bugs sur des protocoles totalement obsolètes ou non utilisés, mobilisant inutilement le temps des mainteneurs déjà débordés. Jakub Kicinski, superviseur de la pile réseau du noyau, a décidé de mettre fin à cet encombrement en retirant AppleTalk en une seule étape, évitant ainsi une gestion fastidieuse de contributions automatisées sans intérêt réel.
Ce n’est pas la première fois que ce type d’opération intervient : lors de la sortie de Linux 7.1, ce même responsable avait déjà supprimé plusieurs protocoles désuets et pilotes oubliés, tels que ARCnet, l’ISDN ou la radio amateur, dans une opération qu’il avait baptisée la “LLM-pocalypse”—une référence à la déferlante de contributions générées par l’intelligence artificielle qui envahissaient le développement Linux à cette époque. Au total, ce sont près de 138 000 lignes de code qui ont été supprimées pour faire place nette et recentrer le code sur ce qui est réellement pertinent aujourd’hui.
En réalité, le code d’AppleTalk n’a pas été complètement jeté aux oubliettes ; il a été déplacé dans un dépôt GitHub dédié aux curieux et aux amateurs de rétro-informatique, en compagnie d’autres protocoles comme AX.25 pour la radio amateur. Cela marque une étape symbolique : l’automatisation des retraits de code encore fonctionnel, voire utilisé par un petit cercle, illustrant la façon dont l’intelligence artificielle commence à influencer directement la maintenance logicielle, parfois pour le meilleur, souvent pour le pire.
En résumé, le retrait d’AppleTalk du noyau Linux n’est pas seulement une question de modernisation, mais aussi une illustration de l’impact croissant des outils automatisés dans la gestion de projets complexes. Une nouvelle ère où certains protocoles, véritablement délaissés, disparaissent volontairement, aidés par l’intelligence artificielle à faire le ménage dans un code devenu inutile.
