Après avoir joué un rôle clé dans la plainte ayant conduit à la faillite de Gawker, Aron D’Souza a identifié un problème majeur dans le système médiatique américain : les personnes affectées par une couverture médiatique disposent de peu de recours pour se défendre. Sa solution ? un logiciel basé sur l’intelligence artificielle. Avec sa nouvelle startup, Objection, D’Souza souhaite utiliser l’IA pour statuer sur la véracité du journalisme. Pour 2 000 dollars, tout un chacun peut contester une information, déclenchant une enquête publique sur son fondement.
Objection a été lancée récemment avec un financement de départ de « plusieurs millions » provenant notamment de Peter Thiel, qui a aussi financé la bataille contre Gawker, ainsi que de Balaji Srinivasan, Social Impact Capital et Off Piste Capital. Thiel, connu pour ses positions critiques envers les médias et pour sa défense de la vie privée, voit dans cette initiative une façon de restaurer la confiance dans la quatrième poutre de la démocratie, la presse. D’Souza affirme que son but est de renforcer la fiabilité du système médiatique, en apportant une rigueur scientifique à l’évaluation des faits.
Cependant, certains experts et professionnels du droit préviennent que cette technologie pourrait freiner le journalisme d’investigation, notamment la capacité à protéger leurs sources anonymes.
Le système de Objection repose sur une palette de sources, où les documents officiels et réglementaires ont la plus forte valeur, tandis que les déclarations anonymes, souvent cruciales dans des enquêtes sensibles, sont classées au bas de l’échelle. Des enquêteurs et anciens officiers de police vérifient et alimentent ces inputs, intégrés dans un « Indice d’Honneur » numérique, qui évalue l’intégrité et la fiabilité des journalistes. D’Souza explique qu’en limitant la protection des sources anonymes et en obligeant à la divulgation d’informations sensibles via un « empreinte cryptographique », le système pourrait créer une asymétrie de pouvoir nuisible à la liberté de la presse.
Les critiques mettent en garde contre un potentiel refroidissement du journalisme d’investigation, craignant que la plateforme n’entretienne une méfiance accrue envers la presse et n’encourage la censure indirecte. Jane Kirtley, professeur de droit et d’éthique médiatique, dénonce une attaque supplémentaire contre la confiance publique. Elle rappelle que les standards journalistiques traditionnels encouragent l’utilisation de sources anonymes uniquement en dernier recours, et que les mécanismes de contrôle interne comme la critique par les pairs sont essentiels pour garantir la crédibilité.
Malgré ses intentions de transparence, D’Souza concède que son système pourrait amener certains professionnels à limiter leur usage de sources confidentielles ou à fournir volontairement des preuves pour protéger leur réputation. La plateforme, qui ne peut analyser que ce qui lui est fourni, éventuelle incomplet ou partial, soulève une question : comment garantir l’intégrité et la véracité des éléments soumis ? La fonctionnalité « Fire Blanket », destinée à signaler en temps réel les déclarations contestées, pourrait encore ajouter une couche de doute dans l’opinion publique. Au final, la question demeure : cette technologie peut-elle vraiment renforcer la fiabilité du journalisme ou risque-t-elle de le détourner de ses principes fondamentaux ?
