Ils travaillent 63 heures par semaine : des associations de livreurs à vélo portent plainte pour « traite d’êtres humains » contre Deliveroo et Uber Eats

Une étape inédite dans le secteur des platforms de livraison de repas vient d’être franchie avec le dépôt d’une plainte pénale pour « traite d’êtres humains » visant Deliveroo et Uber Eats. Cette démarche, portée par plusieurs associations d’aide aux livreurs, notamment la Maison des livreurs à Bordeaux, la Maison des coursiers à Paris, ainsi que les associations AMAL et Ciel, dénonce l’exploitation d’une main-d’œuvre particulièrement vulnérable. Selon leur avocat, Me Thibault Laforcade, le modèle économique de ces plateformes repose sur des conditions de travail indignes, souvent pour des revenus de survie, principalement pour des travailleurs immigrés en situation précaire.

Les témoignages recueillis à travers toute la France dressent un portrait alarmant : certains livreurs parcourent jusqu’à 15 ou 20 kilomètres à vélo pour un paiement de seulement trois euros. Les chiffres issus d’une étude menée en 2025 par Médecins du Monde et divers centres de recherche indiquent que 98 % des travailleurs de ces plateformes sont nés à l’étranger, tandis que 64 % seraient sans titre de séjour. Ces travailleurs consacrent en moyenne 63 heures par semaine à leur activité, pour un revenu brut mensuel d’environ 1 480 euros. Ces conditions, dénoncées comme étant exploitantes, suscitent une vive polémique autour du fonctionnement de ces plateformes.

Les associations dénoncent un sentiment d’impunité des plateformes, qui, malgré les nombreuses alertes, ne semblent pas prêtes à changer leur modèle économique actuellement non encadré par une législation adaptée.

Deliveroo et Uber Eats ont rapidement réagi, rejetant en bloc ces accusations. Deliveroo a déclaré contester vigoureusement la plainte et a affirmé suivre ses propres accords, notamment celui d’avril 2023 garantissant un revenu horaire minimum de 11,75 euros aux livreurs. Uber Eats, de son côté, a également rejeté toute accusation d’exploitation ou de traite, insistant sur l’absence de fondement de cette plainte. Pourtant, pour les plaignants, ces réponses ne suffisent pas à faire taire la contestation, car ils dénoncent non seulement des discriminations économiques mais aussi une « discrimination algorithmique » qui régit l’attribution des courses et la fixation des prix via des systèmes opaques.

Face à cette situation, Médecins du Monde et d’autres associations ont mis en demeure Uber Eats d’arrêter ces pratiques discriminatoires, sous peine d’engager une action de groupe si aucune réponse satisfaisante n’était apportée dans un délai de 30 jours. L’objectif est clair : faire du droit une arme pour freiner ce qu’ils perçoivent comme une exploitation systémique. L’action en justice pourrait également ouvrir la voie à une jurisprudence pouvant influencer rapidement l’ensemble du secteur, dont l’un des défis reste l’absence de cadre légal pour ces activités.

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