Pour la première fois dans le secteur informatique, l’emploi ne suit plus la tendance à la hausse d’activité. Alors que la productivité semble s’accélérer grâce aux avancées en intelligence artificielle, cette mutation soulève des questions sur l’avenir de l’emploi dans ce secteur stratégique. Plusieurs études récentes anticipent même des pertes massives d’emplois dans les années à venir, estimant que d’ici deux à cinq ans, près de 16% des emplois en France, soit environ 5 millions de travailleurs, pourraient être menacés par la progression de l’IA.
Mais qu’en est-il concrètement à l’heure actuelle ? L’impact de l’intelligence artificielle se fait-il déjà sentir sur l’emploi des Français ? Pour répondre à cette question, l’Insee a mené une analyse ciblée sur les secteurs les plus exposés à l’IA. Selon l’institut, si cette technologie génère effectivement des effets sur l’emploi et la productivité, ils devraient d’abord se traduire par des changements dans ces secteurs. La note de conjoncture met ainsi en lumière une tendance notable dans le secteur des activités informatiques et des services d’information, où 42% des entreprises utilisent désormais l’IA, contre seulement 10% en 2024 pour l’ensemble des entreprises françaises.
“L’augmentation de la productivité se traduit par une baisse de l’emploi sans que l’activité ne faiblisse, un phénomène inédit depuis plusieurs décennies.”
Les données montrent une divergence entre l’emploi et la valeur ajoutée dans ce secteur depuis 2023. Alors que la valeur ajoutée continue de progresser, témoignant d’une activité dynamique, l’emploi affiche une tendance à la baisse ou à la stagnation. Ce décalage indique une augmentation de la productivité apparente, c’est-à-dire que les entreprises produisent plus avec moins de travailleurs. Une situation qui s’observe également aux États-Unis, où l’emploi dans le secteur informatique décroche depuis deux ans (-1,6% en 2025), alors que la productivité y progresse plus rapidement que l’emploi salarié ou que la croissance globale.
Ce phénomène pourrait être attribué, en partie, aux gains de productivité permis par les robots conversationnels et autres outils d’intelligence artificielle, permettant aux entreprises de se passer de certains salariés ou de réduire leurs effectifs dans cette branche. Les jeunes, en particulier, seraient les plus exposés à ces pertes d’emploi, notamment dans les secteurs où l’IA est fortement implantée. Aux États-Unis, par exemple, une étude indique une baisse relative de l’emploi des 22-25 ans dans les métiers les plus exposés à l’IA, avec une diminution d’environ 16%. En France, la situation est similaire : entre fin 2023 et fin 2025, l’emploi dans le secteur de l’information-communication a reculé de 3%, principalement parmi les jeunes hors alternance, qui contribuent pour près de 3,8 points à cette baisse.
Pour l’instant, l’impact global sur le chômage en France reste limité. L’institut observe que, dans ces secteurs, l’emploi progressait régulièrement depuis deux décennies avant cette période, et le retournement semble s’être produit brutalement, coïncidant avec l’introduction massive de l’IA. Selon l’Insee, il est encore trop tôt pour observer une hausse significative du taux de chômage à l’échelle nationale, car la diffusion et l’adoption des outils d’IA restent encore peu répandues et leur usage par les travailleurs trop modeste pour entraîner des effets macrosociaux remarquables.
