Michael Smith, un résident de Cornelius en Caroline du Nord, a été reconnu coupable d’avoir siphonné près de 8 millions de dollars aux artistes musicaux en utilisant une armée de 10 000 bots pour générer de fausses écoutes sur Spotify et Apple Music. Pendant plusieurs années, il a mis en place une ferme à streams qui écoutait en boucle des centaines de milliers de chansons fabriquées par une intelligence artificielle, grignotant ainsi une part du gâteau destiné aux vrais artistes. Ce détournement a été rendu possible par le fonctionnement des plateformes de streaming, qui redistribuent leurs revenus à partir d’un pot commun en fonction du nombre de streams, plutôt qu’un paiement fixe par écoute.
Le stratagème de Smith reposait sur une collaboration avec une entreprise spécialisée dans la génération de musique par IA. Cette société lui fournissait chaque semaine des milliers de morceaux en fichiers WAV, souvent sous forme de séquences aléatoires de lettres et de chiffres, qu’il renommant avec des noms d’artistes fictifs tels que “Calypso Xored” ou “Calorie Event”. Les titres, souvent tout aussi absurdes (“Zygotes”, “Zyme Bedewing”), étaient soigneusement dispersés pour éviter de déclencher les systèmes anti-fraude des plateformes. En visant une dispersión massive sur un grand catalogue, Smith maximisait ses profits tout en restant indétectable.
La véritable faiblesse du système est que, tant que Spotify et Apple Music partagent leurs revenus via un pot commun, les faux streams peuvent venir de partout, au détriment des artistes légitimes.
Le piège a finalement été découvert, et Smith a accepté de restituer la somme de 8 091 843 dollars. Lors de son procès prévu le 29 juillet, il risque jusqu’à 5 ans de prison. Cependant, cette affaire soulève une problématique bien plus vaste : celle d’un système de rémunération vulnérable au tampering, où n’importe qui peut, grâce à l’IA et aux bots, saturer le marché de contenu synthétique pour détourner des revenus. La question de la détection de ces faux écoutes demeure un enjeu crucial pour les plateformes.
Ce cas illustré n’est probablement que la partie émergée de l’iceberg, étant donné la démocratisation des outils de génération musicale par IA. La menace pesant sur les revenus des artistes indépendants est réelle, car chaque bot supplémentaire réduit leur part du gâteau sans qu’ils puissent y faire grand-chose. Avec une rémunération basée sur un pot commun, il devient facile pour des fraudeurs de compromettre l’équité du système en inondant les plateformes de contenu synthétique et de fausses écoutes.
En résumé, tant que la rémunération des streams repose sur un partage collectif plutôt que sur une rémunération directe par utilisateur, la vulnérabilité à la fraude via IA et bots restera une problématique majeure. Les artistes indépendants, qui peinent déjà à vivre de leur musique, seront les principales victimes de cette nouvelle industrie du fake streaming. Alors, la prochaine fois que votre playlist vous propose un artiste au nom étrange, méfiez-vous : il pourrait s’agir d’un faux créé par IA, un outsider du numérique qui vole leur part de revenus aux artistes véritables.
