Selon une étude récente de l’Apec, l’écart de salaire entre femmes et hommes cadres en France s’est accentué, atteignant 16 %, ce qui représente une différence d’environ 8.000 euros par an. En 2025, une femme cadre percevrait en moyenne 50.000 euros bruts annuels, contre 58.000 euros pour ses homologues masculins. Ce fossé persiste malgré les efforts de transparence et d’égalité, soulignant une dynamique encore complexe à inverser.
Clara, âgée de 36 ans, illustre à la fois cette réalité et les efforts individuels pour la combattre. Ayant pris le relais de son supérieur dans un cabinet comptable européen, elle a constaté une différence salariale considérable : celui-ci gagnait 50.000 euros de plus par an. Pour justifier sa demande d’augmentation, elle a mis en avant la complexité de ses missions, ses responsabilités élevées, ainsi que ses heures supplémentaires. Son courage a payé, puisqu’elle a obtenu une augmentation de 11.000 euros brut annuel après avoir abordé le sujet, malgré une certaine gêne initiale.
Malgré des progrès, les femmes négocient encore rarement leur salaire avec la même aisance que les hommes, et l’écart continue de se creuser avec l’âge.
L’étude de l’Apec précise que, même à profil équivalent, l’écart salarial reste de 6,8 %. Chez les moins de 35 ans, l’écart se limite à 2 %, mais il monte à 12 % après 55 ans. Ces chiffres illustrent que, si la situation s’améliore légèrement en début de carrière, elle se tend avec l’âge, témoignant d’une norme persistante et d’un retard à rattraper au fil du temps.
Pour remédier à cette situation, la directive européenne sur la transparence salariale, que la France doit encore adopter pleinement, prévoit de donner aux employés le droit de connaître les salaires de postes équivalents dans leur entreprise. Toutefois, une étude de l’Apec indique que 40 % de femmes ne sentent pas à l’aise pour demander ces informations, révélant une barrière psychologique importante à dépasser. Outre ces enjeux individuels, il revient surtout aux entreprises de s’engager concrètement pour réduire ces écarts en favorisant la transparence et l’égalité réelle sur le terrain.
Selon Chrystal Le Liegard, consultante en développement professionnel, « le premier conseil pour les femmes, c’est d’oser ! » Car l’obstacle principal réside souvent dans leur réticence à négocier. Elle recommande également d’éviter certains arguments comme l’inflation ou les besoins personnels lors des négociations, et de privilégier plutôt la valorisation de ses missions, ses réussites, et ses performances concrètes. Se préparer en amont, en étudiant ses missions et en quantifiant ses résultats, apparaît comme une étape cruciale pour défendre son salaire avec confiance.
Ce sont notamment des stratégies individuelles qui, combinées à des politiques d’entreprise engagées, peuvent permettre de réduire progressivement cet écart. La démarche de Julie, une cadre bancaire de 52 ans, en est un exemple concret : après des années à hésiter, elle a commencé à documenter ses avancées, ce qui lui a permis d’obtenir trois augmentations en trois ans, lui permettant de rattraper le retard accumulé lors de ses débuts de carrière. À ses collègues masculins, elle rappelle que ses efforts ne lui ont rien volé, mais qu’ils constituent une étape essentielle pour faire respecter l’égalité salariale.
