“La pénibilité dans l’agriculture a toujours existé mais on est dans un autre niveau”: évanouissements, nausées, brûlures chimiques… Comment le dérèglement climatique rend le travail agricole invivable

Les conditions de travail dans le secteur agricole sont profondément bouleversées par le changement climatique. Le 8 septembre 2023, les vendanges en Champagne ont été marquées par une canicule exceptionnelle, illustrant à quel point les salariés doivent faire face à des températures extrêmes, souvent plus de trois mois par an pour certains d’entre eux. La photo de François Nascimbeni, montrant un vignoble sous un soleil de plomb, témoigne de cet épisode particulier mais révélateur d’une tendance inquiétante.

Selon le baromètre inédit Cliseve Agri France, publié le 26 février au Salon de l’agriculture, 68% des salariés du monde agricole considèrent le climat comme leur principale difficulté, bien loin devant l’effort physique. Les phénomènes climatiques extrêmes, tels que la pluie battante, les inondations, le gel à répétition ou encore la sécheresse, deviennent monnaie courante et mettent en danger la vie des travailleurs, mais aussi la pérennité des filières agricoles. Caroline Véran, fondatrice de Croissance Bleue, insiste : “Ce ne sont plus des phénomènes exceptionnels, cela devient le quotidien”, alertant sur la multiplication et l’intensification de ces événements.

“Ce n’est plus de la pénibilité, c’est une situation invivable ; le changement climatique bouleverse le cœur même du travail agricole.”

Les conséquences pour la santé des travailleurs sont alarmantes. Lors des douze derniers mois, 39% d’entre eux ont subi un coup de chaleur, 35% des maux de tête, 24% de déshydratation et 17% des vertiges. Plus grave encore, certains développent des signaux faibles comme des problèmes cardio-vasculaires ou une perte de conscience, qui doivent être pris très au sérieux. La chaleur extrême détricote leur organisme, notamment lorsque les conditions de sécurité ne sont pas respectées, comme en témoigne Franck Tivierge, secrétaire nationale CFDT Agri-Agro, qui évoque les brûlures chimiques dues à une mauvaise gestion ou à l’exposition sous forte chaleur.

Les risques ne concernent pas seulement la santé physique. Les risques psychologiques gagnent du terrain, avec 47% des exploitants déclarant subir des épisodes d’anxiété. L’incertitude face aux catastrophes climatiques fréquentes, telles que les inondations ou le gel tardif, nourrit une peur constante d’un avenir incertain. Un quart des agriculteurs envisagent même d’arrêter ou de changer d’activité dans les cinq prochaines années, illustrant un désarroi profond face à la dégradation de leur environnement de travail et de leur métier.

Face à cette crise, diverses solutions pouvant atténuer la pénibilité existent. Des mesures simples comme des horaires décalés, une meilleure distribution d’eau ou des équipements de protection solaire peuvent limiter les effets de la chaleur. Cependant, ces actions doivent être planifiées en amont, avec une organisation adaptée à chaque filière, territoire ou région. Caroline Véran souligne l’importance de passer d’une gestion réactive à une organisation proactive, en élaborant des plans d’action précis et spécifiques aux réalités de chaque exploitation. La création de zones de fraîcheur ou la proximité de points d’eau accessibles aux travailleurs pourraient également faire une différence concrète dans la lutte contre la chaleur.”

Franck Tivierge prône pour une approche plus structurée, évoquant la mise en place de protocoles spécifiques pour les situations extrêmes et la création de lieux de repos ventilés ou climatisés, mutualisés entre plusieurs exploitations. La clé réside dans le dialogue social et dans une adaptation constante aux particularités locales et régionales. En somme, il faut dépasser la simple réaction d’urgence pour anticiper et réduire cette pénibilité devenue insoutenable, afin de préserver la santé des travailleurs et la survie des filières agricoles.

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