Seulement 1.655 titres de séjour ont été accordés en 2025 pour exercer des métiers en tension : syndicats et patronat sont pour une fois d’accord, il faut beaucoup plus de régularisations

La mise en place de la liste des métiers en tension par Bruno Retailleau en 2025 visait à répondre aux difficultés de recrutement dans certains secteurs spécifiques. Ce dispositif, instauré dans le cadre d’une circulaire, avait pour objectif de privilégier la régularisation des travailleurs sans-papiers dans des métiers jugés essentiels et où il est difficile de recruter localement. La liste était ainsi censée concentrer les efforts sur environ 80 professions, permettant à ces travailleurs d’obtenir un titre de séjour sous certaines conditions.

Selon la liste actualisée en mai 2025, les travailleurs sans-papiers exerçant dans ces secteurs en tension pouvaient prétendre à une régularisation s’ils justifiaient de douze mois de bulletins de salaire dans les vingt-quatre derniers mois et de trois ans de résidence en France. Cette mesure a également permis à certains employeurs en difficulté de protéger leur activité, tout en évitant d’éventuelles sanctions administratives ou pénales, puisque l’emploi en situation irrégulière peut conduire à des amendes allant jusqu’à 30.000 euros et cinq ans d’emprisonnement.

Les partenaires sociaux appellent à une réforme du dispositif, estimant qu’il est trop restrictif et qu’il freine les régularisations nécessaires pour répondre aux besoins du marché du travail.

Face à cette situation, la question de la pérennisation ou non de cette liste en débat dépasse le cadre administratif. La fin prévue de cette expérimentation en décembre prochain soulève des interrogations quant à la façon dont le gouvernement pourrait réorienter sa politique migratoire dans ce secteur en pleine tension. Patronat et syndicats réclament un élargissement des conditions de régularisation, jugées trop restrictives par leurs représentants.

Les syndicats dénoncent la complexité et parfois l’opacité de la circulaire Retailleau, évoquant une gestion bureaucratique lourde et peu adaptée à la réalité du terrain. Certains métiers comme ceux liés aux déchets ou les chefs cuisiniers en Île-de-France ne figurent pas dans la liste, ce qui limite fortement les possibilités de régularisation dans certaines régions ou secteurs. La faible délivrance des titres de séjour, avec seulement 1.655 délivrés l’année dernière, témoigne de ces difficultés.

Le gouvernement, quant à lui, n’a pas encore pris de décision ferme, mais semble prêt à assouplir ses critères pour favoriser davantage de régularisations tout en s’engageant à réduire les délais de traitement des demandes, passant de 100 à 50 jours.

Un consensus émerge donc entre le patronat et les syndicats : le dispositif actuel est inefficace et doit être amélioré, voire transformé. Cependant, le gouvernement préfère pour l’instant se concentrer sur la simplification administrative, sans promettre de changements significatifs dans les critères de régularisation. La question reste posée de savoir si ces ajustements seront suffisants pour répondre aux enjeux de main-d’œuvre et d’immigration de travail dans les secteurs en tension à l’approche de la prochaine échéance électorale.

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