La moitié du visage d’un chauffeur routier totalement ridée, l’autre non: 3,5 millions de travailleurs sont exposés aux rayons UV (même en intérieur) et pourtant l’employeur ne fournit pas de crème solaire

En période de canicule, on pense principalement aux risques liés à la chaleur pour ceux qui travaillent en extérieur, mais on oublie souvent les dangers invisibles que représentent les rayonnements UV. Ces rayons, invisibles à l’œil nu, sont responsables d’une augmentation préoccupante du risque de cancer de la peau, un danger sous-estimé par de nombreux salariés. Pourtant, chaque année, le cancer de la peau cause près de 60 000 décès dans le monde, dont environ 20 000 sont attribuables à l’exposition professionnelle aux rayonnements solaires, selon l’association Sécurité Solaire.

En France, l’estimation du nombre de décès liés à l’exposition aux UV en milieu professionnel tourne autour de 500 par an, avec un tiers de ces morts qui concernent des salariés actifs en extérieur. La population de travailleurs exposés est considérable : 3,5 millions de personnes, comprenant des ouvriers du BTP, de la voirie, des agriculteurs, des policiers, des agents de sécurité, des animateurs en plein air, des facteurs ou encore des employés de terrasse de restaurant. Ce chiffre, tiré de l’enquête Sumer menée par la Dares en 2017, souligne une réalité qui reste souvent méconnue ou ignorée.

Les employés ne sont pas formés ni équipés de protections suffisantes contre les rayonnements UV, un angle mort de la sécurité au travail.

Ce phénomène concerne aussi ceux qui travaillent dans leur véhicule, comme en témoigne la célèbre photo d’un chauffeur routier américain, William McElligott, dont la moitié du visage est ridée et vieillie prématurément par l’exposition prolongée aux UV. Cette image évocatrice illustre parfaitement le photovieillissement, un processus accéléré par une exposition chronique, même pour des métiers considérés comme moins exposés. Taxis ou commerciaux en voiture, ces professionnels ne sont pas à l’abri de ces risques silencieux.

Pour protéger ces travailleurs, diverses solutions existent : manches longues en tissus résistants aux UV, cache-cous, casquettes, lunettes de sécurité avec filtre anti-UV ou encore vitres antisoif. Pourtant, leur adoption reste limitée, car peu d’employeurs ou de salariés en ont conscience. “Les employés ne sont pas formés, ni équipés de protections suffisantes, le risque UV est un angle mort de la sécurité au travail”, explique François Hisette, technicien spécialiste sécurité chez RS France, une entreprise spécialisée dans le matériel de protection.

Une autre étape cruciale concerne la protection du visage, souvent exposé et susceptible de développer un cancer de la peau à cause de l’absence de couverture. Des crèmes solaires sans odeur ni texture grasse, faciles à appliquer, ont été intégrées à l’équipement des travailleurs, notamment dans le secteur du BTP. Depuis la publication d’un décret en mai 2025, obligeant les employeurs à analyser et à réduire ces risques dans le cadre du DUERP (document unique d’évaluation des risques professionnels), la sensibilisation et la prévention ont connu une avancée. Lors des épisodes de chaleur intense, la mise à disposition d’équipements de protection, l’aménagement des horaires ou l’utilisation de moyens techniques comme des pare-soleil ou des ventilateurs doivent être systématiques.

Le réchauffement climatique intensifie ces épisodes, rendant la reconnaissance du cancer de la peau comme maladie professionnelle essentielle pour les travailleurs en extérieur.

Alors que ces risques liés aux UV ne faiblissent pas, l’association Sécurité Solaire milite pour une reconnaissance officielle du cancer de la peau comme maladie professionnelle afin de mieux protéger les travailleurs exposés. La prévention, la sensibilisation et la mise en place de mesures adaptées doivent devenir une priorité pour répondre à l’urgence sanitaire croissante que représente l’exposition prolongée aux rayonnements solaires, surtout à l’aube de changements climatiques accentuant la fréquence des épisodes caniculaires.

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