Ils demandent le Smic et des congés payés : 7 000 livreurs de repas attaquent en justice la plateforme Just Eat au Royaume-Uni pour être considérés comme des salariés à part entière

Un mouvement sans précédent secoue le secteur de la livraison de repas au Royaume-Uni, avec plus de 7 000 livreurs engagés dans une procédure collective contre la plateforme Just Eat. Ces travailleurs réclament une requalification de leur statut juridique pour obtenir des droits sociaux fondamentaux, tels que le salaire minimum et les congés payés. Le procès, qui a débuté le 5 mai, s’inscrit dans un contexte où la jurisprudence britannique sur la nature du travail dans l’économie de plateforme évolue rapidement.

Ce litige, qui se déroulera jusqu’au 2 juin, vise à déterminer si ces livreurs, actuellement considérés comme des prestataires indépendants, doivent en réalité être reconnus comme des salariés à part entière. Le verdict final, attendu avant la fin de l’année 2026, pourrait avoir des implications majeures pour l’ensemble du secteur de la livraison à domicile, en remettant en question le modèle basé sur la flexibilité prétendue de ces travailleurs.

Le tribunal devra trancher si ces livreurs répondent aux critères juridiques pour le statut de salarié, ce qui pourrait leur ouvrir la voie à plusieurs milliers de livres sterling d’indemnisation.

Les premières plaintes remontent à 2023, lorsque certains livreurs ont fait valoir que leur relation avec Just Eat allait bien au-delà d’un simple contrat avec un prestataire indépendant. Selon le cabinet d’avocats Leigh Day, qui les représente, « la réalité de leur relation de travail est incompatible avec la classification de leur statut comme entrepreneurs indépendants ». En cas de succès, ces travailleurs pourraient également prétendre à des droits sociaux jusqu’ici difficilement accessibles dans le secteur de la gig economy.

Par le passé, Just Eat employait ses livreurs en CDI, leur offrant un salaire garanti, des indemnités de maladie, ainsi que des congés payés grâce à un système qui permettait aussi de fixer des horaires précis, de fournir du matériel comme des vélos ou des cyclomoteurs électriques, et de leur offrir un espace de distribution. Cependant, en 2023, l’entreprise a radicalement changé de modèle, en supprimant ces avantages et en transformant ses livreurs en travailleurs indépendants en réponse à une volonté de réduire ses coûts.

Aujourd’hui, Just Eat insiste sur la flexibilité qu’offre cette organisation : ses 70 000 livreurs au Royaume-Uni choisiraient librement leur horaire, affirmant qu’il s’agit d’une véritable liberté. Néanmoins, Leigh Day argumente que cette prétendue flexibilité est compatible avec un statut de salarié, car « il n’est pas nécessaire d’avoir des horaires fixes ou un nombre d’heures déterminé pour bénéficier des droits relatifs au salaire minimum ou aux congés payés ».

Ce mouvement judiciaire n’est pas isolé. La jurisprudence britannique a récemment évolué en faveur des travailleurs de l’économie collaborative, notamment avec des décisions favorables aux chauffeurs d’Uber en 2021 et aux chauffeurs de Bolt en 2024. La victoire des chauffeurs d’Addison Lee en janvier 2025, qualifiés de salariés à part entière, marque également une étape importante dans la reconnaissance juridique des droits sociaux de ces professionnels.

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