Invitée de l’émission Good Morning Business ce vendredi 5 juin, Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT, a insisté sur l’urgence pour les pouvoirs publics de présenter un texte législatif en matière de transparence salariale. Elle a appelé à l’adoption d’un projet de loi « au plus vite » et « avant la fin de la session parlementaire », c’est-à-dire avant la pause estivale, pour respecter le délai fixé par la directive européenne.
En effet, la France est hors délai concernant la transposition de cette directive européenne sur la transparence des salaires, adoptée en 2023 par l’Union européenne. Alors que le délai initial d’un peu plus de trois ans avait été donné pour adapter la législation nationale, la date limite, fixée au 7 juin 2023, a été dépassée sans que de démarche concrète ne soit engagée au Parlement. La situation soulève une préoccupation croissante parmi les syndicats et les acteurs sociaux, qui appellent à une action rapide pour combler ce retard.
« En 2026, personne ne peut considérer comme normal qu’il y ait des écarts inexplicables, qui sont inacceptables », a déclaré Marylise Léon, soulignant l’urgence d’agir. La réduction des inégalités salariales entre femmes et hommes reste une priorité, malgré une amélioration d’un tiers depuis 1995, les écarts moyens persistent encore, avec un revenu salarial féminin inférieur de 21,8 % à celui des hommes en 2024, selon l’Insee.
De son côté, le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a annoncé que le projet de loi devait être transmis au Conseil d’État d’ici dimanche prochain. Lors d’une intervention sur France 2, il a exprimé son espoir de voir cette réforme voter d’ici la fin de l’année. Le gouvernement revendique avoir pris le temps nécessaire pour une concertation approfondie avec les partenaires sociaux, notamment avec les organisations professionnelles et syndicales, ce qui explique selon lui le léger retard dans la mise en œuvre.
Une disposition clé du futur texte permettra aux salariés de demander des données précises sur la moyenne des salaires de leur catégorie, ventilées par sexe. Cette transparence visera à permettre à chaque employé de situer son salaire par rapport à celui de ses collègues effectuant un travail ou un travail de valeur égale. La législation prévoit que toute différence de rémunération devra être justifiée par des critères objectifs, comme l’expérience, les compétences, ou encore la responsabilité, tout en restant en conformité avec le principe d’égalité entre les sexes.
Malheureusement, le patronat reste largement réticent face à cette réforme. La majorité des représentants patronaux craignent que la mise en place de nouvelles normes se traduise par des lourdeurs administratives supplémentaires. Le Medef, par exemple, a critiqué une prétendue « surtransposition » du texte, notamment en proposant de réduire le seuil d’obligation de reporting au-delà de 50 salariés, alors que la directive européenne impose un seuil à 100. La crainte d’une rigidification du processus d’embauche, notamment à travers l’obligation d’afficher une fourchette de salaires, est également évoquée comme une source de préoccupation majeure pour le patronat.
