Selon la dernière étude de Cornerstone, menée auprès de 2 000 salariés américains et britanniques, la progression rapide de l’intelligence artificielle dans le monde du travail n’est pas accompagnée d’une formation adéquate. En effet, 46 % des salariés utilisent déjà des outils d’IA sans avoir reçu de formation formelle, et 65 % développent leurs compétences sur leur temps personnel pour rester compétitifs. Cette situation engendre des usages parfois approximatifs et risqués, avec un grand nombre d’employés qui improvisent face à cette nouvelle technologie.
Une part importante des salariés apprend “sur le tas”, par essais et erreurs, ce qui augmente le risque d’erreurs et de mauvaise utilisation. Par ailleurs, 36 % limitent volontairement leur utilisation de l’IA par crainte de faire des erreurs, tandis que 17 % admettent prétendre maîtriser ces outils sans en avoir réellement la compétence. La cause principale de ce décalage réside aussi dans le manque de visibilité sur les stratégies internes des entreprises, même si 75 % des salariés estiment que leur hiérarchie aurait identifié les compétences en IA nécessaires. Cependant, seulement un tiers d’entre eux voient émerger des programmes de formation concrets.
Le véritable défi réside dans la nécessité de construire une culture de l’IA au sein des entreprises, en dépassant la simple formation technique pour accompagner les salariés dans une utilisation responsable et critique des outils.
Le décalage entre attentes et réalité devient encore plus frappant dans le domaine du recrutement et de la formation continue, où 56 % des collaborateurs déclarent ne pas disposer d’une trajectoire claire de développement des compétences en IA. Les jeunes générations, notamment la génération Z, sont particulièrement concernées, avec 59 % d’entre eux manquant de formation formelle, contre 50 % chez les Millennials. La crainte que l’IA ne devienne une charge plutôt qu’un levier de productivité pousse aussi certains à limiter leur recours à ces outils, ce qui risque de freiner leur adoption et leur maîtrise dans les entreprises.
Pour que l’intégration de l’IA soit réellement bénéfique, les ressources humaines doivent jouer un rôle clé en proposant des formations adaptées, en clarifiant les attentes et en développant une culture critique. Il ne suffit pas d’apprendre à rédiger des prompts : il faut aussi former à la vérification des informations, à la prise de décision éclairée, et à la gestion des risques liés à la confidentialité et aux biais. Selon l’étude, seuls 22 % des salariés considèrent l’évaluation critique des réponses IA comme une compétence essentielle, alors que cette capacité est cruciale pour limiter erreurs et biais.
Les entreprises doivent, ainsi, encadrer cette évolution en définissant des objectifs précis par métier et en proposant des formations sur des cas concrets. La sensibilisation aux risques — confidentialité, biais, erreurs — est essentielle, tout comme la formation des managers qui accompagnent au quotidien leurs équipes. La rapidité d’évolution des outils IA impose également des mises à jour régulières, et le développement d’une culture de l’esprit critique doit devenir une priorité pour éviter que l’automatisation ne devienne source de déséquilibres internes ou de dégradation de la qualité de travail.
