WorkBoy – Le PDA fantôme de la Game Boy – Korben

En 1992, l’industrie du jeu vidéo assistait à un projet ambitieux : transformer la Game Boy, la console portable emblématique de Nintendo, en un véritable assistant numérique personnel. Conçu par Eddie Gil de la société anglaise Source R&D et Frank Ballouz de Fabtek, le projet nommé WorkBoy visait à doter la console à pile AA d’un clavier QWERTY, d’un système d’exploitation de bureautique et de plusieurs fonctionnalités pratiques telles qu’un calendrier, un répertoire téléphonique, une calculatrice, et même un traducteur multilingue. Ce concept novateur a été présenté au CES de cette année-là, mais s’est évaporé dans l’anonymat sans laisser de traces concrètes.

Pendant près de trois décennies, aucune nouvelle du WorkBoy, si ce n’étaient quelques photos floues et une marque déposée. Il a fallu attendre 2020 pour que Liam Robertson, un spécialiste de la rétro-informatique et de la scène gaming, parvienne à retrouver un prototype fonctionnel chez Frank Ballouz lui-même. L’ex-cadre de Nintendo of America, qui conservait le prototype sur une étagère depuis plus de 30 ans, a confirmé l’existence du projet à Robertson, qui a pu enfin mettre la main sur l’objet de ses recherches après sept mois de relances.

Ce prototype révèle une période où Nintendo explorait activement l’intégration de fonctionnalités bureautiques dans ses consoles, avant même la popularisation du PalmPilot ou du Psion 3.

Le WorkBoy se présente sous la forme d’un clavier QWERTY, plus grand que la Game Boy elle-même, qui se branche dans la cartouche de la console. À l’intérieur, on trouve une horloge, de la mémoire interne — une véritable innovation pour l’époque, car la Game Boy ne disposait pas de mémoire intégrée — et tout un système d’exploitation dédié à la bureautique. Ses fonctionnalités incluaient un calendrier, un répertoire, une calculatrice, un convertisseur d’unités, et même un traducteur, illustrant une vision précoce du potentiel des appareils mobiles pour la productivité personnelle.

Une des caractéristiques les plus étonnantes était la capacité du prototype à jouer des hymnes nationaux en musique 8-bit, avec une sélection de morceaux joués en mode Tetris ou International, une démonstration de créativité numérique à l’époque. Malheureusement, le projet a été abandonné quelques mois avant sa commercialisation prévue, à cause d’un changement stratégique chez Nintendo. La société annonçait alors une baisse du prix de la Game Boy, ce qui rendait l’accessoire WorkBoy moins compétitif en termes de rapport qualité-prix, fixant le prix du périphérique à environ 90 dollars, plus cher que la console elle-même. La production a été annulée, et l’unique vestige de cette innovation est resté dans l’ombre.

Ce n’est qu’avec la découverte du code source dans le cadre du Nintendo Gigaleak en 2020 que le projet resurgit, dévoilant un aperçu inédit de ce que pourrait avoir été le premier vrai PDA portable dédié à la productivité. La mise en emulation du prototype, grâce à une ROM piratée et gravée sur une cartouche, a permis de constater que l’appareil fonctionnait encore et était étonnamment performant, surpassant même certains smartphones modernes dans ses performances de base. Une véritable plongée dans une alternative méconnue de l’histoire technologique, qui illustre que Nintendo, bien avant la sortie du PalmPilot, avait imaginé un futur où consoles et outils de productivité se confondaient.

Ce WorkBoy disparu incarnait cette période charnière où le microprocesseur était considéré comme un vecteur de productivité, bien avant que cette vision ne devienne la norme.

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