La direction de l’équipementier automobile Forvia a récemment décidé de lancer un hymne d’entreprise dans le but de renforcer la cohésion parmi ses employés. Ce choix, surprenant dans un contexte marqué par des restructurations importantes, soulève l’indignation de plusieurs syndicats. Alors que le groupe prévoit de supprimer 10.000 emplois en Europe, cette initiative musicale apparaît comme un contraste choquant avec la réalité du terrain, où l’inquiété et l’incertitude prédominent chez les salariés.
Le groupe, en difficulté financière, s’est lancé dans une stratégie de recentrage en annonçant la vente de sa division Interiors, qui fabrique notamment les panneaux de portes et autres éléments de l’habitacle. Ces annonces de cession ont suscité un climat d’angoisse parmi les employés, encore plus accentué par le flou entourant l’avenir de plusieurs sites industriels, notamment celui de Méru. Dans ce contexte tendu, la mise en ligne d’un hymne anglophone, porté par des paroles évoquant l’innovation et le changement, paraît décalée et mal accueillie.
Les salariés attendent des réponses claires sur leur avenir, pas une chanson pour masquer leur désarroi.
Ce chant baptisé “Dare, Do, Deliver” (Ose, agis, livre), a été présenté le 18 mars lors d’une journée de communication interne, en même temps qu’une session de questions-réponses avec le PDG Martin Fischer. Deux agences de communication ont été mobilisées pour la composition et l’écriture des paroles, qui évoquent la transformation du secteur automobile et la volonté d’être un leader dans cette évolution. Toutefois, ces messages optimistes n’ont pas suffi à convaincre, car ils semblent totalement déconnectés des préoccupations quotidiennes des salariés.
Selon certains délégués syndicaux, comme Zouhair El Yaakoubi, cette démarche témoigne d’une “hypocrisie flagrante” : comment peut-on parler de cohésion et d’innovation alors que l’entreprise programme la suppression de milliers d’emplois ? La colère monte chez les employés, qui trouvent l’initiative incohérente avec la réalité qu’ils vivent. La stratégie de forçage par la musique ne parvient pas à apaiser leurs doutes ni à répondre à leurs questions cruciales sur leur avenir professionnel.
En résumé, **l’initiative de Forvia d’illustrer sa vision d’avenir par un hymne d’entreprise semble maladroitement synchronisée avec les défis financiers et sociaux qu’elle traverse actuellement. La priorité pour les salariés reste leur sécurité et leur emploi, et non la création d’un chant destiné à renforcer leur sentiment d’appartenance. La cohésion espérée par cette opération musicale paraît bien fragile face aux vents contraires de la crise industrielle, du désendettement et des ventes en cours.**
