“Passer un entretien avec un robot m’a profondément déstabilisé”: quand l’IA remplace directement les recruteurs pour un job (et il ne vaudrait mieux pas, les résultats sont médiocres)

Une récente étude menée par CV Library, l’un des principaux sites d’annonces d’emploi du Royaume-Uni, met en lumière l’utilisation croissante de l’intelligence artificielle dans le secteur du recrutement. Selon cette enquête, réalisée auprès de 500 professionnels, quatre recruteurs sur cinq déclarent utiliser à un moment donné des outils d’IA dans leur processus de sélection. Si une majorité reconnaît leur utilité pour rédiger les fiches de poste (63%) ou planifier des entretiens (38%), leur efficacité dans la sélection des candidats est fortement remise en question.

Les résultats de l’étude révèlent que près d’un tiers des recruteurs pensent que l’utilisation de l’IA peut mener à l’écart de très bons profils. Certains évoquent la perte d’intuition humaine essentielle pour déceler les qualités intrinsèques d’un candidat. Par exemple, 27% considèrent que des candidatures solides sont éliminées avant même qu’un entretien ne soit organisé, simplement en raison de critères algorithmiques biaisés. Cette tendance soulève des inquiétudes quant à la capacité de l’IA à juger de la valeur réelle d’un postulant.

“Ne pas tout externaliser : il faut utiliser l’IA comme un outil d’appui, pas comme un substitut à l’humain dans le processus de recrutement.”

Une pratique qui divise aussi bien les recruteurs que les candidats : certaines entreprises proposent désormais des entretiens totalement automatisés, où le candidat dialogue directement avec un robot conversationnel. Un individu interrogé par CV Library confie avoir été « profondément déstabilisé » par cette expérience, déplorant un manque de communication et de retour, et se sentant « mis de côté ». Au-delà du stress généré, cette tendance pourrait également décourager de nombreux postulants, qui préfèrent un échange humain pour mieux comprendre leurs chances ou leurs faiblesses.

Face à ces enjeux, les spécialistes insistent sur la nécessité de ne pas tout externaliser à l’IA. Le fondateur de CV Library, Lee Biggins, avertit : « Il ne faut pas tout externaliser, surtout dans un domaine aussi sensible que le recrutement où chaque candidat doit être considéré comme un individu unique. » Malgré ses avantages pour automatiser certaines tâches fastidieuses, l’intelligence artificielle doit conserver une fonction de soutien, en appui à l’intuition humaine plutôt qu’en remplacement total.

Ce débat n’est pas circonscrit au Royaume-Uni. En France, par exemple, l’armée de l’air a récemment conclu un partenariat avec la start-up Gojob pour gérer ses besoins en personnel, utilisant l’IA pour pré-qualifier rapidement environ 70 000 candidatures par an. Cette solution s’appuie sur des critères spécifiques pour prioriser les dossiers, avant que les recruteurs ne prennent le relais pour un entretien plus approfondi. Cependant, l’utilisation croissante de l’IA dans le recrutement soulève aussi des questions éthiques, notamment en ce qui concerne les biais et les discriminations que peuvent reproduire les algorithmes, comme en témoignent de nombreux exemples de logiciels discriminants sexistes ou racistes.

La diffusion de l’IA dans le recrutement pose un défi majeur : comment préserver l’objectivité et l’éthique face à des biais potentiellement amplifiés par la technologie ?

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