Le quotidien des salariés mexicains est marqué par des horaires harassants, avec une moyenne de 48 heures de travail par semaine. Lors de leur seul jour de repos, une fois les courses et les tâches domestiques accomplies, il ne reste généralement que peu de temps pour se reposer, profiter de loisirs ou passer du temps en famille. Face à cette situation, une réforme historique a été adoptée par le parlement mexicain en février dernier, visant à réduire progressivement la durée du travail hebdomadaire sans diminution de salaire.
Selon la nouvelle législation, le temps de travail diminuera d’une heure chaque année, passant de 48 heures actuellement à 40 heures à l’horizon 2030. Concrètement, la réduction se fera en plusieurs étapes : 46 heures en 2027, 44 heures en 2028, 42 heures en 2029, pour atteindre enfin la norme de 40 heures en 2030. Cette décision intervient dans un contexte où le Mexique se distingue par ses longues heures de travail, avec près de 2.200 heures annuelles par salarié, bien au-dessus de la moyenne de l’OCDE, qui tourne autour de 1.700 heures, ou de la France avec environ 1.500 heures.
Cette réforme vise à améliorer la qualité de vie des travailleurs tout en proposant une nouvelle vision pour la productivité du pays.
Malgré ces avancées, la loi soulève également des critiques, notamment en raison du secteur informel qui emploie plus de la moitié des travailleurs mexicains (55%). Pour eux, cette réforme ne profitera pas directement, puisque leur statut ne leur garantit pas de réduction effective des heures ou de meilleures conditions de travail. Certains opposants réclament également un minimum de deux jours de repos par semaine, argumentant qu’un seul jour ne permet pas aux travailleurs de suffisamment se reposer ou de s’occuper de leur famille, surtout si des heures supplémentaires sont autorisées dans la législation.
Du côté des entreprises, certains craignent une augmentation des coûts liés à la réduction du temps de travail. Une étude de l’Ipade Business School évoque une possible hausse des coûts salariaux allant de 10 à 25%. Cependant, cette réforme pourrait également représenter une opportunité pour renforcer la productivité et la compétitivité du pays. En effet, le Mexique, qui travaille très longtemps, affiche des niveaux de productivité relativement faibles, ce qui indique que le fait de travailler plus ne se traduit pas automatique en de meilleures performances économiques.
Le directeur de l’emploi à l’OCDE, Stefano Scarpetta, souligne que la réduction du temps de travail doit être vue comme une occasion de repenser la performance et l’efficacité dans les entreprises. Il recommande notamment l’automatisation, la numérisation et la standardisation des processus, ainsi que la réduction de la bureaucratie, afin de maximiser les résultats sans nécessairement augmenter les heures de travail. Ainsi, au-delà d’un enjeu social, cette réforme pourrait catalyser une transformation des modèles de travail au Mexique, en misant sur la qualité plutôt que la quantité.
