La chaîne YouTube Asianometry a récemment publié une vidéo fascinante retraçant l’histoire du VLIW (Very Long Instruction Word), une architecture de processeur née dans les années 80. Longtemps considérée comme un échec commercial, cette technologie connaît aujourd’hui un regain d’intérêt dans le domaine de l’intelligence artificielle, notamment pour ses applications dans l’inférence neuronale.
Le principe du VLIW repose sur une approche inversée par rapport aux processeurs classiques : c’est le compilateur qui, à partir du code source, regroupe plusieurs opérations dans un seul “mot” très long, que le processeur exécute en une seule étape. Cette méthode permet d’obtenir des circuits plus simples, moins gourmands en énergie, et plus rapides, car le processeur n’a pas besoin de réordonner ou d’exécuter de manière dynamique les instructions. Cependant, cette dépendance au compilateur s’est révélée problématique dans un contexte où le code était imprévisible, comme dans le cas des logiciels classiques.
Cette technologie, longtemps enterrée, refait surface dans l’IA parce que le domaine de l’inférence neuronale repose sur des opérations régulières et prévisibles, parfaitement adaptées au VLIW.
Les premiers essais commerciaux dans les années 80, avec des entreprises comme Multiflow et Cydrome, ont été un échec, tout comme le processeur Intel i860 lancé en 1989. Le véritable tournant fut avec l’Itanium d’Intel, lancé en 2001 après une décennie de développement, dont les performances médiocres et la compatibilité logicielle ont scellé le destin, aboutissant à ce que la presse a surnommé le “Titanic” des processeurs.
Malgré cet échec, la technologie n’a pas disparu, notamment dans certains domaines spécifiques comme le traitement du signal, où Texas Instruments a utilisé le VLIW dès 1997, ou encore avec le processeur Hexagon de Qualcomm, qui exploite cette architecture pour gérer l’inférence IA dans les puces Snapdragon. La startup Groq, quant à elle, bâtit ses puces d’inférence sur une architecture VLIW où le matériel ne prend aucune décision lors de l’exécution, offrant des performances impressionnantes.
En fait, la véritable révolution réside dans le fait que, contrairement aux années 2000 où le VLIW a échoué à cause de l’imprévisibilité du code, l’intelligence artificielle repose sur des opérations régulières et prédictibles. Des chercheurs travaillent même sur des extensions RISC-V intégrant ces principes, fusionnant ainsi simplicité matérielle et efficacité logicielle.
En somme, cette renaissance du VLIW montre que, dans l’informatique, rien ne meurt réellement, et que parfois, les technologies abandonnées resurgissent là où leur logique est la plus adaptée.
Pour en savoir plus, vous pouvez regarder la vidéo complète sur Asianometry : Lien vers la vidéo.
