La crise sanitaire a profondément modifié le paysage du marché du travail, donnant naissance à un phénomène inédit. La Grande Démission, phénomène majeur aux États-Unis où plus de 20 millions d’Américains ont quitté leur emploi entre 2021 et 2022 selon le Bureau of Labor Statistics, a souvent été mise en avant. Cependant, derrière ces départs massifs, une autre dynamique prend racine : celle du resenteeism, un terme relativement récent qui désigne une forme spécifique d’insatisfaction et de malaise persistant chez les salariés qui restent en poste.
Ce phénomène concerne des salariés qui, bien qu’étant présents et parfois performants, ressentent une profonde frustration envers leur employeur. Contrairement au quiet quitting, ces employés n’hésitent pas à exprimer leur dédain, leur lassitude et leur sentiment d’injustice, ce qui peut rapidement dégrader l’ambiance collective. Selon le groupe UKG, 45 % des travailleurs américains déclarent ne pas apprécier leur emploi au point de ne pas le recommander à leur entourage. La thématique du resenteeism s’inscrit donc dans un contexte où le sentiment d’insatisfaction collective est de plus en plus prégnant.
Le resenteeism, un malaise durable qui menace la cohésion et la performance des entreprises à long terme.
Ce phénomène ne doit ni être confondu avec l’absentéisme ni avec le présentéisme : il s’agit d’un état émotionnel profondément enraciné, où les collaborateurs se sentent souvent coincés, dévalorisés, voire trahis par leur organisation. En France, même si le resenteeism reste encore relativement discret, certains signaux commencent à émerger, notamment une augmentation de la résignation, du désengagement et des arrêts maladie chez ceux qui souhaiteraient partir sans pouvoir le faire, selon Christophe N’Guyen, de l’agence Empreinte Humaine. En outre, une étude Wellpass x YouGov menée en 2025 révèle que 87 % des salariés interrogés pensent que leur travail les abîme, illustrant la gravité du malaise au sein des équipes.
Les enjeux pour les ressources humaines sont considérables. Le resenteeism fragilise la marque employeur, agit comme un contre-accélérateur du turnover différé, et favorise la baisse de productivité ainsi que la dégradation de la qualité de vie au travail (QVT). Face à cette situation, il devient crucial d’améliorer le dialogue managérial à travers des entretiens réguliers, une écoute active et une formation spécifique des managers pour repérer les signaux faibles, notamment dans un contexte où le travail hybride se généralise. Agir contre le resenteeism, c’est investir dans la prévention, dans la fidélisation des talents et dans la reconstruction d’une relation employeur-salarié plus équilibrée.
Pour assurer la pérennité de leur performance, les entreprises doivent d’abord comprendre et prendre en compte le mal-être profond de leurs collaborateurs.
