Une étude récente du cabinet Sextant Expertise met en lumière le manque d’engagement de la négociation collective en France face aux risques liés aux fortes chaleurs, phénomène que le changement climatique rend de plus en plus préoccupant. Selon cette enquête, seulement 8% des accords d’entreprise signés entre 2022 et 2024 adoptent une approche complète de la prévention, intégrant mesures humaines, techniques et organisationnelles visant à protéger les salariés contre la chaleur extrême. Ce chiffre soulève la question de l’efficacité des dispositifs en place face à une réalité climatique qui ne cesse de se faire sentir davantage.
Alors que la fréquence et l’intensité des épisodes caniculaires augmentent, il est paradoxal de constater que les secteurs et régions les plus exposés restent souvent en retrait dans la négociation collective. Par exemple, les secteurs comme la construction (8%) ou l’agriculture (2%) montrent une très faible implication dans la formalisation d’accords visant à réduire les risques pour la santé des travailleurs. En contrepartie, l’industrie manufacturière se montre plus proactive, avec 38% d’accords abordant la problématique, sans que cela ne corresponde forcément à une région particulièrement concernée par les épisodes de chaleur extrême.
“Ce paradoxe s’explique par le tissu économique régional, fréquemment constitué de PME et TPE, qui disposent de ressources limitées pour négocier et formaliser des accords collectifs, rendant la prévention plus difficile à mettre en œuvre.”
Concernant les régions, celles considérées comme fortement exposées aux canicules, telles que PACA, Occitanie ou Auvergne-Rhône-Alpes, apparaissent en bas du classement en matière de signature d’accords traitant du risque climatique. En revanche, des régions comme Île-de-France, Nouvelle-Aquitaine ou Pays de la Loire, situées dans des zones moins exposées, affichent des taux de sensibilisation plus élevés. L’étude souligne également que la majorité des accords concerne des établissements de plus de 50 salariés, là où la présence syndicale est renforcée, ce qui peut expliquer ces disparités régionales en termes d’actions formalisées.
Les difficultés rencontrées par les partenaires sociaux face à ces enjeux sont accentuées par la complexité systémique de la transition écologique, qui revêt des aspects techniques et parfois difficiles à relier au contexte spécifique du travail et des emplois. Justine Kieffer, de la société Alternego, insiste sur le fait qu’il est urgent de mieux former et sensibiliser les acteurs du dialogue social à ces questions pour qu’ils puissent innover et élaborer des mesures efficaces.
Depuis mai 2025, la réglementation française impose aux employeurs de respecter de nouvelles obligations en cas de chaleur intense, telles que l’adaptation des horaires ou la fourniture d’eau potable. Pourtant, la prévention reste majoritairement le fruit d’initiatives internes à l’entreprise ou de négociations ponctuelles, plutôt qu’une démarche systématique. La situation est d’autant plus préoccupante que, selon l’observatoire européen Copernicus, 2024 a été la année la plus chaude jamais enregistrée, avec une température moyenne supérieure de 1,6°C par rapport à la période préindustrielle. Ce contexte climatique alarmant annonce une multiplication, en intensité et en durée, des vagues de chaleur, auxquelles le système de la négociation collective doit absolument s’adapter rapidement pour mieux protéger les salariés.
