À six mois de la date limite fixée par la réglementation pour la mise en œuvre de la réforme de l’entretien de parcours professionnel, le constat dressé par le dernier rapport de Staff & Go est sans appel. Seules 5 % des équipes RH se déclarent totalement prêtes et conformes à l’ensemble du dispositif. La majorité des entreprises (61 %) n’a pas encore lancé sa démarche, parmi lesquelles 19 % n’ont encore rien engagé et 42 % sont en phase de cadrage. Ce retard constitue une source d’inquiétude car la réforme impose des exigences strictes, notamment en matière de traçabilité, de structuration et d’engagement juridique.
Ce nouvel opus de l’entretien de parcours professionnel ne se limite plus à un simple échange informel entre salarié et employeur. Il devient un processus formalisé, traçable et juridiquement engageant. Pourtant, près de la moitié des professionnels RH (46 %) déclarent manquer de clarté sur les obligations légales et les sanctions possibles. En détail, seuls 31 % affirment maîtriser réellement la réforme et avoir déjà ajusté leurs processus, tandis que 33 % en sont encore à une compréhension partielle ou à la découverte du dispositif. Cela traduit un décalage préoccupant entre la connaissance théorique du dispositif et sa mise en pratique concrète.
Les défis ne se limitent pas à la compréhension ; ils concernent également la maîtrise des outils et la traçabilité des démarches, indispensables pour éviter les risques juridiques et financiers.
Les principaux points de blocage identifiés sont la gestion du Compte Personnel de Formation (CPF), qui freine pour 32 % des répondants, ainsi que l’analyse des parcours et les souhaits d’évolution, pour 19 et 21 %, respectivement. Au total, 95 % des RH expriment encore des interrogations sur au moins un aspect de la réforme. La mise en conformité devient une priorité en raison des risques juridiques et financiers : une signature manquante ou un suivi insuffisant peut rapidement fragiliser l’entreprise devant le conseil de prud’hommes, tout comme le risque d’un abondement de 3 000 euros par salarié si l’entretien n’est pas dûment justifié.
Il faut rappeler qu’avant même la réforme, la majorité des entreprises (54 %) ne réalisait que partiellement ou pas du tout ces entretiens réguliers, laissant une base fragile pour accueillir ce nouveau dispositif. La situation initiale complexifie donc la tâche pour respecter le délai imposé, car déployer des outils adaptés, former les équipes et structurer les processus prend plusieurs mois, surtout si ces démarches sont effectuées en urgence. La nécessité d’accélérer la mise en conformité et d’assurer une appropriation collective du dispositif apparaît alors comme une urgence absolue.
Les salariés sont également peu informés ou sensibilisés concernant cette réforme majeure, ce qui constitue un frein supplémentaire à son succès. Selon le même rapport, 53 % d’entre eux connaissent mal ou pas du tout les enjeux de l’entrevue, avec 35 % n’en ayant jamais entendu parler. Seuls 6 % estiment maîtriser parfaitement le dispositif. Ce décalage de perception témoigne d’un déficit de communication interne, et compromet l’adhésion collective. La perception du dispositif reste donc fragile : seuls 22 % des salariés y voient un levier positif, contre 48 % chez les RH, tandis que 34 % le considèrent comme une contrainte ou un simple rituel administratif. Cette méfiance risque d’entraver la réussite de la réforme si des mesures adaptées à la sensibilisation et à l’implication des individus ne sont pas rapidement déployées.
