Quand je pense que Win32 est devenu la couche de compatibilité la plus stable sur Linux… | Le site de Korben

Il est souvent tentant de croire que Linux, en tant que système d’exploitation open-source, offre une compatibilité binaire aussi robuste que celle de Windows. Pourtant, la réalité montre que faire tourner de vieux logiciels Linux compilés il y a plusieurs années peut s’avérer un véritable casse-tête, avec des dépendances qui ont évolué ou disparu au fil du temps. Lorsqu’un logiciel Linux moderne ne parvient plus à fonctionner suite à une mise à jour, il n’est pas rare de devoir tout recompiler ou de plonger dans des configurations complexes pour retrouver une compatibilité.

Ironiquement, il existe une alternative inattendue : lancer d’anciens programmes Windows, notamment des .exe de 1998 ou d’autres applications Win32, via des outils comme Wine. Résultat surprenant, ce type de logiciel tourne souvent avec moins de difficulté sur Linux qu’un binaire Linux récent. Ce paradoxe soulève la question suivante : pourquoi la couche binaire de Windows semble-t-elle plus stable et plus fiable sur Linux que celle de Linux elle-même ?

Le projet loss32 va jusqu’à envisager de faire tourner toute l’environnement de bureau en Win32 via Wine, faisant de Win32 l’ABI la plus fiable pour le long terme sur Linux.

Le projet loss32, une distribution Linux expérimentale, ose pousser cette idée jusque dans ses extrêmes, en proposant de faire tourner tout l’environnement de bureau Windows en Win32 via Wine. Avec pour slogan « Win32 is the stable Linux ABI! », l’initiative joue sur le paradoxe que, malgré la philosophie open source et la liberté de Linux, c’est finalement l’API Windows qui apparaît comme la plus stable pour garantir une compatibilité à long terme. Bien que cela puisse faire sourire, cette proposition souligne une réalité technique souvent ignorée : sous Windows, la compatibilité binaire, maintenue par Microsoft depuis des décennies, est quasi irréprochable, à l’opposé du chaos qui règne dans l’écosystème Linux.

En août 2022, un changement dans la toolchain Linux — le passage à l’option –hash-style=gnu au lieu de –hash-style=both — a provoqué une série de cassures. Des jeux, notamment ceux utilisant Easy Anti-Cheat comme Shovel Knight ou des outils comme libstrangle pour la gestion du framerate, se sont retrouvés inopérants du jour au lendemain. Ces incidents illustrent le problème endémique de la dépendance aux bibliothèques tierces sur Linux, où chaque distribution peut faire ses propres choix, rendant la compatibilité encore plus fragile.

Ce constat contraste fortement avec la philosophie de Microsoft, qui maintient une compatibilité binaire quasi automatique pour les applications Win32 classiques. Un programme conçu pour Windows 95 tourne encore aujourd’hui sans problème sous Windows 11, tant que ses API et drivers ne sont pas obsolètes. La compatibilité à long terme n’est pas à prendre à la légère pour Microsoft, une stratégie habile qui garantit aux développeurs un environnement où leurs logiciels peuvent perdurer, contrairement aux Linuxiens souvent contraints de recompiler leurs binaires à chaque évolution majeure.

Valve a justement misé sur cette stabilité binaire en développant Proton, une couche de compatibilité pour faire tourner des jeux Windows sur Linux. Si certains craignaient qu’elle ne soit qu’une solution de secours, elle est devenue une alternative crédible, voire préférée par de nombreux studios qui réalisent désormais des ports Linux à partir de versions Windows, avec parfois de meilleures performances que les ports natifs. En poussant cette logique jusqu’au bout, le projet loss32 envisage de faire de Win32 la plateforme principale pour assurer une compatibilité durable, en évitant la guerre d’usages et de dépendances dans l’univers Linux.

Un PoC (Proof of Concept) est attendu en janvier 2026, avec la sortie d’un paquet APT permettant de tester cette approche directement chez soi. Si cette solution s’avère efficace, cela pourrait révolutionner la manière dont on conçoit la compatibilité logicielle sur Linux : en ciblant Win32 et en distribuant un simple .exe compatible avec Wine ou Proton, il serait possible d’assurer le fonctionnement d’applications desktop existantes et futures pour une décennie ou plus. Cette démarche, contre-intuitive de prime abord, pourrait devenir un choix pragmatique dans certains cas d’usage.

Pour les utilisateurs finaux, cela signifie que Wine et Proton ne sont plus de simples solutions de dépannage, mais de véritables alternatives de première classe pour faire tourner des logiciels de manière fiable sur Linux. L’exemple du Steam Deck, qui supporte des milliers de jeux Windows sans problème, illustre cette réalité. En définitive, alors que l’idée peut faire grincer des dents dans certaines sphères Open Source, elle témoigne que, parfois, la simplicité et la stabilité l’emportent sur la pure idéologie. Win32, paradoxalement, devient une couche de compatibilité plus fiable que beaucoup d’outils natifs dans l’écosystème Linux.

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