Longtemps, le Contrat à Durée Indéterminée (CDI) incarnait la stabilité et la sécurité pour les jeunes actifs aspirant à une carrière durable. Pourtant, les récentes évolutions du marché du travail montrent que cette vision est en train de changer radicalement. Selon un rapport du Céreq, près d’un quart des jeunes en CDI ont quitté leur contrat trois ans après leur entrée sur le marché du travail, entre 2020 et 2023. Ce chiffre est en augmentation par rapport aux générations précédentes, où seulement 16 à 17 % des jeunes sortaient de leur CDI après trois ans. La proportion de ruptures de CDI a ainsi connu une hausse de plus de 40 %, illustrant une mutation profonde dans le rapport des jeunes à l’emploi stable.
La mobilité plus grande et la moindre fidélité à l’entreprise redéfinissent le lien traditionnel avec le CDI.
Ce phénomène traduit également une évolution des attentes des jeunes salariés : ils recherchent désormais un meilleur équilibre de vie, un sens plus profond à leur travail, ainsi que des perspectives d’évolution plus claires. Bien que certains départs précoces soient motivés par la recherche d’un poste mieux rémunéré ou plus intéressant, d’autres peuvent conduire à une instabilité durable ou à un phénomène de déclassement professionnel. La crise sanitaire de 2020 a accentué cette tendance, incitant plusieurs jeunes à reconsidérer leurs priorités et à privilégier un meilleur bien-être au travail, quitte à quitter rapidement leur emploi stable.
Les ruptures de CDI, majoritairement volontaires (67 %), concernant souvent des démissions ou des ruptures conventionnelles, reflètent une volonté de changement ou d’amélioration des conditions professionnelles. Ces départs peuvent paraître positifs, car ils constituent souvent un tremplin vers de meilleures opportunités. Cependant, dans certains secteurs comme la finance, l’immobilier, ou l’assurance, le risque de perdre durablement leur emploi stable est beaucoup plus élevé, notamment pour la génération actuelle. La fragilisation de certains métiers, comme ceux de l’hôtellerie-restauration, est alarmante : plus de la moitié des jeunes en CDI dans ce secteur en 2020 ne se retrouvaient plus en poste trois ans plus tard, et 31 % d’entre eux étaient sans emploi en 2023.
Pour les responsables RH et les entreprises, ces chiffres doivent susciter une réflexion profonde sur les stratégies de rétention des jeunes talents. Aujourd’hui, ces derniers recherchent davantage de sens, de reconnaissance et de perspectives d’évolution que de simples postes en CDI. Afin de limiter ces départs précoces, il devient essentiel d’investir dans l’accompagnement des jeunes dans leurs premières années de carrière, d’améliorer la qualité du management et de clarifier les parcours professionnels possibles. La fidélisation ne s’appuie plus uniquement sur la stabilité du contrat, mais sur la capacité des organisations à répondre aux nouvelles attentes générationnelles.
