Pour protéger les travailleurs remplacés par l’intelligence artificielle, le Royaume-Uni réfléchit à un revenu universel financé par les boîtes de la tech

Le Royaume-Uni entame une réflexion approfondie sur la manière de protéger ses salariés face à l’impact croissant de l’intelligence artificielle (IA) sur le marché du travail. Face aux risques de désaffection de nombreux secteurs par l’automatisation, le ministre britannique de l’Investissement, Jason Stockwood, propose une solution audacieuse : l’instauration d’un revenu universel de base destiné à soutenir les travailleurs dont l’emploi serait menacé par la progression de l’IA.

Ancien professionnel du secteur technologique ayant récemment rejoint le gouvernement travailliste, Lord Jason Stockwood s’exprimait dans une interview au Financial Times. Il a évoqué la nécessité de mettre en place “une sorte d’accord avec des concessions pour les emplois qui disparaissent immédiatement”, soulignant la gravité des changements “tumultueux” à venir. Selon lui, il est essentiel d’élaborer des mécanismes de formation continue pour permettre aux employés de se reconvertir et d’éviter une fracture sociale majeure.

“Il va sans aucun doute falloir réfléchir très attentivement à la manière d’atténuer la disparition de ces secteurs, par exemple en prévoyant une forme de revenu universel de base et un mécanisme de formation continue pour permettre aux gens de se reconvertir.”

Le financement de cette initiative reste à l’étude. Le ministre a évoqué la possibilité que les entreprises spécialisées dans la technologie contribuent à cette taxe exceptionnelle, qui aurait pour but d’alimenter un fonds destiné à verser des revenus de remplacement. Cette proposition s’inscrit dans une optique où l’IA, tout en générant gains de productivité et richesse, pourrait également accentuer les inégalités si elle n’est pas encadrée à temps. La question de l’équilibre entre innovation et justice sociale est plus que jamais d’actualité.

Cette volonté de préparer le terrain à des mesures sociales adaptées s’inscrit dans un contexte international, où plusieurs voix appellent à une intervention proactive. Le chef d’entreprise américain Jamie Dimon, notamment, a souligné lors du Forum économique mondial de Davos que les gouvernements et les entreprises doivent agir pour accompagner la transition, sous peine de voir surgir des troubles civils. La vitesse du changement est un défi majeur : “Le problème n’est pas tant le volume que la vitesse”, rappelle Yann Ferguson, sociologue spécialiste de l’impact de l’IA sur l’emploi.

Une étude récente de Morgan Stanley révèle que le Royaume-Uni perd plus d’emplois qu’il n’en crée en raison de l’IA, ce qui inquiète fortement le gouvernement. Par ailleurs, selon le laboratoire français LaborIA, un métier sur deux pourrait être profondément modifié dans les prochaines années, voire réduit considérablement en effectifs, ce qui souligne l’urgence d’une réponse collective. Certaines entreprises, telles qu’Amazon, Goldman Sachs ou Microsoft, ont déjà entamé des processus de licenciement dans un contexte d’automatisation accélérée.

“Face à la rapidité des transformations, il est crucial d’adopter des mesures structurantes comme le revenu universel pour éviter une crise sociale majeure.”

Alors que l’incertitude grandit quant au calendrier prévu pour ces changements, il apparaît clair que la réflexion menée par le Royaume-Uni pourrait devenir un modèle pour d’autres nations confrontées aux mêmes défis. La question centrale reste : comment assurer une transition équitable dans une ère où l’intelligence artificielle modifie radicalement le paysage de l’emploi, tout en capitalisant sur ses potentialités économiques ?

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