Chaque début d’année dans le domaine de la formation professionnelle ressemble à un rendez-vous annuel de pronostics et de changements, avec des annonces, des arbitrages et souvent, leur lot d’incertitudes. Après plusieurs mois de flou et de rebondissements, le gouvernement a finalement fixé de nouvelles règles pour le Compte Personnel de Formation (CPF) avec la publication de deux décrets qui entreront en vigueur le 26 février 2026. Ces nouvelles dispositions annoncent une transformation majeure du dispositif, avec des implications concrètes pour les bénéficiaires et les organismes de formation.
Le changement principal concerne le passage du CPF à un système de plafonnement. Désormais, le montant alloué à chaque action de formation sera limité par un plafond spécifique, quel que soit le solde disponible sur le compte du titulaire. Autrement dit, avoir un CPF bien fourni ne garantit plus la prise en charge intégrale des formations. Le principe retenu consiste à fixer des plafonds pour trois catégories : les actions dépendant du répertoire spécifique, les bilans de compétences et le permis B. Pour les autres, comme la VAE ou le RNCP, ces plafonnements ne s’appliquent pas.
Ce qui change, c’est la fin du CPF comme un “budget à dépenser”, au profit d’une enveloppe maximale prédéfinie, avec une participation financière plus importante du bénéficiaire.
Les montants de plafonnement ont été précisés : 1 500 € pour les actions certifiantes, 1 600 € pour les bilans de compétences, et 900 € pour la préparation au permis B. Par exemple, si un bénéficiaire dispose de 3 200 € sur son CPF et souhaite suivre un bilan à 2 000 €, il ne pourra bénéficier que d’un financement de 1 600 €, avec une différence à couvrir. Cela signifie qu’il devra financer lui-même une partie de la formation, ce qui peut rendre certains projets coûteux plus difficiles à réaliser, notamment pour les plus modestes.
La population visée par ces nouvelles règles devra également faire face à une réduction de l’accès à certaines formations et à des coûts de plus en plus restrictifs. Sur le volet du permis B, par exemple, le plafonnement est double : d’abord en termes d’éligibilité selon le statut, puis avec un plafond fixé à 900 €. La nouvelle règle prévoit notamment que l’accès au permis sera possible uniquement pour les demandeurs d’emploi ou en cas de cofinancement par un tiers, avec un cofinancement d’au moins 100 €.
Les nouvelles règles tendent à encadrer strictement l’utilisation du CPF, réduisant l’influence de la “src” à seulement une gestion d’enveloppe maximale, ce qui impacte fortement le marché.
Par ailleurs, les modalités du bilan de compétences ont été également modifiées. Seules les heures effectuées par un prestataire disposant d’un NDA (Numéro de Déclaration d’Activité) pourront désormais être financées. La confusion sur la valorisation des heures d’accompagnement face à la réalisation du travail personnel est maintenant levée, avec l’instauration d’un minimum d’heures à définir, encore en discussion, et d’un délai de carence de cinq ans entre deux bilans financés. Cette dernière mesure vise à éviter le détournement du plafonnement en enchaînant plusieurs bilans à moindre coût, tout en encadrant plus strictement la fréquence de leur réalisation.
Globalement, ces évolutions traduisent une volonté politique claire : réduire la dépense publique dans la formation tout en responsabilisant davantage le bénéficiaire et les organismes prestataires. Le marché de la formation professionnelle doit ainsi se repositionner : en repensant les formats, en ajustant les prix et en sécurisant la traçabilité des cofinancements. La finalité est de passer d’un modèle où le CPF pouvait parfois servir d’effet d’aubaine, à un dispositif utile, mieux encadré et concentré sur la valeur réelle apportée à l’apprenant.
