Une nouvelle étude du Haut-commissariat à la stratégie et au plan met en lumière le lien étroit entre la pauvreté sévère à l’adolescence et les difficultés rencontrées à l’âge adulte. Selon ces travaux, près de 28 % des jeunes ayant connu la pauvreté entre 12 et 15 ans se trouvent toujours en situation d’« NEET » (ni en emploi, ni en études, ni en formation) à l’âge de 26-27 ans, contre seulement 10 % chez ceux qui n’ont pas été confrontés à la pauvreté. Ce constat souligne l’impact durable des vulnérabilités socioéconomiques durant l’enfance et l’adolescence sur le parcours professionnel et éducatif.
Le rapport, intitulé “La pauvreté en héritage”, s’appuie sur un suivi longitudinal de plus de 18 000 élèves entrés en sixième en 2007, analysant leurs trajectoires jusqu’en 2023. Il montre que plus l’exposition à la pauvreté est précoce et intense, plus les risques de décrochage scolaire, d’insertion difficile et de faibles revenus à l’âge adulte sont élevés. Parmi ces vulnérabilités, la monoparentalité (notamment chez près de la moitié des jeunes en pauvreté sévère contre 6 % chez les non pauvres) et un faible niveau de diplômes parentaux jouent un rôle déterminant dans la reproduction des inégalités.
Ces résultats soulignent l’urgence de renforcer les politiques d’accompagnement dès le plus jeune âge pour rompre le cycle de la précarité et favoriser une égalité des chances réelle.
Les parcours scolaires des jeunes issus de milieux défavorisés se traduisent par des chiffres inquiétants : près de 40 % de ceux ayant connu une pauvreté sévère abandonnent le système éducatif sans obtenir le baccalauréat. À l’âge de 26-27 ans, ils sont deux fois plus nombreux à se retrouver sans emploi, études ou formation (28 %) par rapport à leurs pairs non exposés à la pauvreté (10 %). Parmi ceux qui parviennent à trouver un emploi, un tiers occupent des postes à faibles salaires, renforçant ainsi le paradoxe de la “surpénalité féminine” révélée par l’étude.
Ce paradoxe démontre que, même lorsque les femmes ont un niveau de diplôme supérieur, leur insertion professionnelle reste plus compliquée, notamment en raison de la parentalité, qui constitue un facteur d’éloignement accru du marché du travail. La note souligne également que des mécanismes tels que le niveau de diplôme, la parentalité et la faiblesse des opportunités locales d’emploi expliquent en grande partie la persistance de ces inégalités. Ces éléments s’engrenrent et alimentent la fragilité économique des jeunes adultes issus des milieux précaires.
En conclusion, l’étude insiste sur la nécessité d’intervenir rapidement et efficacement pour briser cette transmission générationnelle de la pauvreté. Clément Peruyero, l’un des auteurs de l’étude, appelle à renforcer l’investissement dans l’enfance, à promouvoir des politiques visant à réduire les inégalités liées à la parentalité et à améliorer l’accès à l’emploi, notamment dans les zones les plus marginalisées. Ces mesures sont essentielles pour permettre à ces jeunes de ne pas rester enfermés dans une trajectoire de précarité à long terme.
