Le groupe allemand SAP, acteur majeur dans le secteur des logiciels d’entreprise, souhaite renforcer sa présence dans le cloud et a récemment déployé un nouveau système de rémunération basé sur la performance. Cependant, cette initiative a suscité une controverse interne majeure, plusieurs sources anonymes citant Bloomberg indiquant que le système semble finalement favoriser les managers les moins performants. Cette situation soulève des questions sur l’équité et la logique derrière la politique de rémunération de l’entreprise.
Selon les documents consultés par Bloomberg, SAP répartit ses salariés en cinq catégories, allant de T1 pour les postes les plus bas à T5 pour les cadres et dirigeants. La particularité de ce nouveau système réside dans le fait que, pour les employés de haut niveau (T4 et T5), il apparaît qu’ils puissent accéder à des primes en actions même s’ils ne remplissent pas entièrement leurs objectifs. En revanche, les employés des trois premières catégories doivent dépasser leurs objectifs pour obtenir ces primes, ce qui contraste avec la perception d’un traitement privilégié réservé à certains managers.
Ce qui suscite la colère, c’est que les managers les moins performants semblent être les mieux récompensés, bafouant ainsi les principes fondamentaux du mérite.
Face à cette situation, SAP a confirmé l’existence de ce nouveau système de rémunération mais a précisé qu’une revue était en cours pour rectifier ces anomalies. Un porte-parole a précisé que l’entreprise avait identifié certains points à améliorer, notamment en ce qui concerne la rémunération en actions des employés non-cadres. Elle aurait également débloqué plusieurs millions d’euros pour calmer la grogne et récompenser les salariés qui travaillent efficacement, ce qui montre l’importance accordée à la stabilité interne et à la motivation des équipes.
Les problèmes de confiance ne concernent pas uniquement le mécanisme de rémunération. La direction est aussi confrontée à une crise plus large de défiance, exacerbée par des plans de restructuration et des suppressions de postes. Le taux de confiance des salariés dans la direction a chuté de 6 points pour atteindre 59% en novembre, contre 80% en 2021, selon des chiffres internes. Le contexte économique difficile, associé à la crainte que l’intelligence artificielle ne rende obsolètes certains outils de SAP, amplifie cette tension au sein de l’entreprise.
Alors que le PDG Christian Klein souhaite réformer en profondeur la gestion des performances, ces récents événements risquent de compliquer la tâche. Gina Vargiu-Breuer, la DRH, avait pourtant lancé un nouveau plan d’intéressement en actions ce mois-ci, dans l’espoir de motiver davantage les employés sur la performance. Toutefois, face au mécontentement grandissant, l’entreprise pourrait être amenée à revoir bientôt ses pratiques, afin de préserver sa réputation et fidéliser ses talents dans un contexte de fortes pressions externes.
