Après plusieurs années de dégradation progressive, la tendance semble s’inverser, du moins partiellement, avec une baisse du pourcentage de salariés se déclarant en mauvaise santé mentale en France. Selon le baromètre publié ce jeudi 15 janvier par le cabinet Qualisocial en collaboration avec Ipsos, 22% des travailleurs estiment aujourd’hui souffrir de problèmes psychologiques, contre 25% l’année précédente. Bien que cette évolution soit encourageante, elle reste encore loin du niveau pré-Covid, où ce taux tournait autour de 17%, soit 4,6 millions de personnes.
Les spécialistes donnent cependant un avertissement : si la dynamique favorable perdure, il pourrait encore s’écouler jusqu’en 2030 avant un retour aux niveaux d’avant la pandémie. Camy Puech, président-fondateur de Qualisocial, insiste sur le fait que cette amélioration est encore fragile et réversible, soulignant que tous les secteurs et toutes les populations ne bénéficient pas de cette tendance à la baisse. La polarisation est notamment visible : si globalement moins de personnes se déclarent en mauvaise santé mentale, celles qui en souffrent voient leur état empirer, ce qui complique la lecture globale de la situation.
La santé mentale des salariés est en amélioration, mais les inégalités sectorielles et sociales persistent, nécessitant des réponses adaptées.
Le rapport met également en lumière des différences notables selon le genre et le secteur d’activité. Par exemple, 74% des femmes se sentent en bonne santé mentale, contre 80% des hommes, un écart qu’explique Camy Puech par des conditions de vie spécifiques, notamment la surcharge domestique et la charge mentale. Au sein des secteurs, certains affichent des résultats très positifs, comme le bâtiment où 85% des salariés se déclarent en bonne santé mentale, grâce à un sentiment d’accomplissement partagé dans un travail d’équipe et de construction concrète. En revanche, les secteurs du médico-social et de l’enseignement affichent des taux préoccupants, respectivement 66% et 71%, en raison des conditions de travail souvent perçues comme insuffisantes face à l’augmentation des besoins professionnels et aux ressources limitées.
Ce contexte difficile ne concerne pas seulement la santé mentale, mais a aussi des conséquences sur l’engagement et la motivation. Selon l’étude, une détérioration psychologique ne se traduit pas nécessairement par une baisse de la participation au travail, mais augmente le risque d’épuisement professionnel et de burnout. Par ailleurs, si certaines tendances montrent un net recul à l’échelle sectorielle, d’autres comme celui de l’industrie peinent toujours à retrouver des couleurs, avec une hausse du nombre de salariés en mauvaise santé mentale et un contexte économique encore fragile. La situation ne s’annonce pas forcément meilleure pour 2026, selon les experts.
Les actions de prévention commencent à porter leurs fruits, mais leur déploiement reste inégal. La labellisation “Grande cause nationale” de 2025 a permis de réduire le tabou autour de la santé mentale au travail, avec une majorité de salariés (61%) qui déclarent être plus à l’aise pour évoquer ces sujets. Néanmoins, près de la moitié des employés n’ont toujours pas accès à des mesures concrètes de prévention, en particulier dans l’enseignement. Le baromètre montre que la mise en place d’au moins trois actions de prévention augmente significativement la proportion de salariés en bonne santé mentale, soulignant l’importance de la prévention et du management bienveillant dans la lutte contre la dégradation psychologique.
Face à ces enjeux, Camille Puech insiste sur l’importance d’une évolution culturelle dans la gestion du personnel. Il déplore notamment le manque d’attention portée à la santé psychique en France, où les managers ont souvent tendance à demander une reprise immédiate sans prendre en compte l’état individuel. La pérennisation des efforts de prévention et une meilleure attention à la sécurité psychique au sein des organisations restent des défis majeurs. La nécessité d’adapter les politiques en entreprise pour mieux accompagner ces problématiques devient donc une priorité pour limiter les coûts humains et économiques liés à la détresse psychologique des salariés.
