“La pénibilité dans l’agriculture a toujours existé mais on est dans un autre niveau”: évanouissements, nausées, brûlures chimiques… Comment le dérèglement climatique rend le travail agricole invivable

Les vendanges en Champagne, réalisées le 8 septembre 2023 en plein cœur d’une canicule, illustrent à quel point le changement climatique bouleverse la vie des travailleurs agricoles. Entre chaleur extrême et risques liés aux précipitations, ces conditions deviennent de plus en plus fréquentes et difficiles à gérer.

Selon le baromètre inédit Cliseve Agri France présenté au Salon de l’agriculture, 68 % des salariés du secteur citent le climat comme leur principale source de difficulté au travail, largement devant l’effort physique. Environ 40 % d’entre eux sont exposés à des conditions climatiques difficiles plus de trois mois par an, ce qui témoigne de l’ampleur de la pénibilité subie. Face à ces phénomènes, les agriculteurs doivent redoubler d’ingéniosité pour préserver leur santé et leurs récoltes.

La situation s’aggrave : ce n’est plus une question de pénibilité ponctuelle mais d’un changement de paradigme qui affecte la viabilité même des activités agricoles.

Les impacts sanitaires sont alarmants : 39 % des répondants ont déjà subi un coup de chaleur, et une proportion similaire souffre de maux de tête ou de déshydratation. Les risques physiques sont accentués par l’exposition à des substances chimiques, qui deviennent encore plus dangereuses sous une chaleur accrue. En outre, certains travailleurs, notamment des saisonniers étrangers, se retrouvent brûlés par des produits phytosanitaires ou victimes d’autres incidents graves, comme l’explique Franck Tivierge, secrétaire national de la CFDT Agri-Agro.

La détresse psychologique n’est pas en reste : 47 % des exploitants agricoles déclarent souffrir d’épisodes d’anxiété, et beaucoup manifestent un sentiment d’impuissance face à l’intensification des aléas climatiques. Face à cette menace grandissante, une partie du secteur envisage de changer de métier ou même d’abandonner l’activité dans les cinq prochaines années. La fête de la vigne et la pratique du travail en plein air, qui autrefois constituaient la force du métier, deviennent aujourd’hui sources de danger et de stress pour ceux qui y consacrent leur vie.

Heureusement, des solutions existent pour atténuer la pénibilité. Des mesures telles que le décalage des horaires, la mise à disposition d’eau potable, la création d’espaces rafraîchis ou encore la réorganisation du travail peuvent faire la différence. Toutefois, leur application reste trop souvent réactive plutôt que préventive. Comme le souligne Caroline Véran, il est crucial de prévoir des plans d’action spécifiques, élaborés en dialogue avec les acteurs locaux, afin d’adapter les pratiques aux enjeux climatiques. La mutualisation de solutions – comme la création de zones d’ombre ou de points d’eau mobiles – apparaît comme une piste prometteuse.

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