Une étude récente menée par deux chercheuses de l’université de Berkeley met en lumière les effets inattendus de l’introduction des outils d’intelligence artificielle (IA) dans le monde professionnel en France. Contrairement aux attentes initiales selon lesquelles l’IA permettrait de réduire la charge de travail, ces technologies semblent au contraire l’intensifier, en poussant les salariés à travailler davantage et à étendre leur champ de responsabilités.
Pendant huit mois, la professeure Aruna Ranganathan et la doctorante Xingqi Maggie Ye ont observé 200 salariés dans une entreprise technologique, en assistant aux réunions, en analysant leurs échanges quotidiens et en menant 40 entretiens. Ce qui ressort de leur étude est que, sans obligation formelle, ces employés ont volontairement augmenté leur engagement, utilisant l’IA pour accélérer leur rythme, couvrir un plus large éventail de tâches et prolonger leurs heures de travail.
L’intégration de l’IA dans le travail ne semble pas diminuer la charge, mais la transforme en un effort plus intense, avec des conséquences potentielles pour la santé des employés et la performance des entreprises.
Les chercheuses identifient trois mécanismes principaux à l’origine de cette surcharge : tout d’abord, les salariés prennent conscience qu’ils peuvent faire plus, en réalisant des tâches auparavant déléguées ou externalisées. Par exemple, certains chefs de produits se mettent à coder ou des chercheurs à faire de l’ingénierie, déplaçant ainsi la frontière entre responsabilités et compétences. Ensuite, un phénomène de brouillage entre travail et temps de repos apparaît, car les employés sollicitent l’IA même pendant leurs pauses ou en dehors des heures de bureau. Enfin, leur pratique du multitasking devient omniprésente, jonglant entre des tâches manuelles, celles générées par l’IA et la vérification en continu des résultats, ce qui augmente leur charge cognitive.
Les autrices soulignent que ces comportements, en apparence productifs, peuvent conduire à un épuisement professionnel, une fatigue accrue et une difficulté à se déconnecter. À long terme, cette surcharge pourrait nuire à la qualité du travail, augmenter le turnover et générer des erreurs coûteuses pour les entreprises. Selon elles, le véritable enjeu est de préserver la santé mentale des salariés tout en optimisant leur productivité.
Pour répondre à ces problématiques, l’étude propose plusieurs recommandations : instaurer des pauses de réflexion avant toute décision importante, séquencer et prioriser les notifications pour limiter les distractions, et surtout préserver le dialogue humain. Ces échanges, même courts, offrent une opportunité de prendre du recul face à l’utilisation continue des outils d’IA, favorisant une gestion plus équilibrée du travail.
