Cette année, Digiformag entame une série d’articles consacrés au Centre de Formation d’Apprentis (CFA), en laissant la parole à Mathieu Guyot, rédacteur et expert du secteur. Il partage sa vision de ce que réserve l’année 2026, en affichant un regard lucide et réaliste sur les défis à venir.
Il est difficile de formuler des vœux optimistes pour l’apprentissage en 2026, tant l’incertitude domine. Bien que nous ne puissions prévoir précisément le déroulement de l’année, il est clair que la période à venir sera semée d’obstacles. Notre dépendance aux habitudes, notamment au soutien financier de l’État, rend les changements d’autant plus difficiles. Depuis plusieurs années, l’apprentissage bénéficiait d’un appui financier considérable, mais avec la mise en place de mesures d’économies, souvent perçues comme dénuées de sens, l’écosystème se trouve sous tension.
“Le financement de l’apprentissage a changé de visage, passant d’un modèle unique à une mosaïque de financements, avec une implication accrue des entreprises.”
En mars, les chiffres définitifs de 2025 révèlent une baisse sensible dans les contrats d’apprentissage, tant dans le secondaire que dans le supérieur, avec près de 60 000 contrats en moins selon l’INSEE. Malgré ces difficultés, l’apprentissage a plutôt bien résisté dans un contexte mondialement morose. Les premiers indicateurs de 2026 restent mitigés, mais les discours positifs se multiplient, signe que l’on souhaite encore sauver ce mode de formation fondamentale.
Le mois d’avril voit une étape importante avec la publication du nouveau référentiel de NPEC par France compétences, qui, conformément aux ajustements budgétaires, voit ses arbitrages à la baisse. Les branches professionnelles, via les CPNE, ont su intervenir pour majorer de 20% certaines certifications clés, mais le contexte reste marqué par une lutte accrue contre la fraude et par le déploiement d’outils tels que Karoussel V2 pour renforcer contrôles et analyses. Le référentiel Qualiopi, attendu, tarde toutefois à voir le jour, symbolisant un changement significatif dans le financement et la gouvernance du dispositif.
Plus que jamais, la campagne de 2026 dépendra du montant des aides et des nouveaux niveaux de prise en charge, qui seront désormais fixés pour une durée de trois ans. Une transformation majeure s’opère : la logique « un contrat = un financement » laisse place à un modèle où un seul contrat peut bénéficier de plusieurs sources de financement, avec une part croissante de contribution des entreprises. Cette nouvelle dynamique implique que les CFA doivent repenser leur rôle : passer de simples prestataires de formation à de véritables partenaires stratégiques des entreprises, en intégrant davantage leurs besoins et en co-construisant des parcours adaptés.
“En 2026, l’enjeu sera de faire évoluer le rôle des CFA pour qu’ils deviennent de véritables partenaires des entreprises, au-delà de la simple formation.”
Si ces changements peuvent paraître contraignants, l’apprentissage conserve ses atouts indéniables : diversité, mixité, insertion professionnelle et emploi des jeunes. Ces indicateurs prouvent que l’apprentissage reste une voie essentielle, bien plus qu’un simple contrat ou un poste budgétaire. Il est crucial que tous les acteurs – entreprises, CFA, pouvoirs publics – travaillent ensemble pour encourager une implication sincère et durable dans cette voie de formation.
