Le 22 juin prochain marque la fin d’une ère pour le Canada avec la cessation des émissions de la station radio horaire CHU, opérée par le Conseil national de recherches (CNRC). Depuis 1923, cette station diffusait en continu l’heure officielle du pays via des ondes courtes, utilisant une horloge atomique précise. Ces signaux, diffusés sur trois fréquences (3330, 7850 et 14670 kHz), ont longtemps constitué une référence fiable pour synchroniser horloges et appareils électroniques à travers le territoire canadien et au-delà.
La décision de mettre fin à la diffusion de CHU s’inscrit dans une transition vers des canaux numériques et modernes tels que le Network Time Protocol (NTP), le GPS ou encore l’horloge parlante téléphonique. Le CNRC justifie cet arrêt par le coût élevé de maintenance de la diffusion HF, désormais jugée obsolète face aux outils actuels de distribution de l’heure. Cette évolution est une conséquence logique de la numérisation croissante des technologies, qui privilégie l’internet et les systèmes embarqués pour assurer la synchronisation temporelle.
La disparition de CHU révèle cependant une faiblesse : si le réseau numérique ou le réseau électrique faillissent, il n’existe actuellement pas de plan B aussi fiable que la transmission sur ondes courtes.
Depuis ses débuts en 1923, CHU a joué un rôle essentiel dans la normalisation du temps au Canada, en diffusant des signaux horlogers précis, avec par exemple la transmission de code Morse, de voix synthétiques, ou encore d’impulsions pour les horloges domestiques. La station a évolué au fil des années, passant de 9CC à VE9OB avant d’adopter son nom définitif en 1938. Elle appartenait ainsi à une petite famille de stations horaires internationales, aux côtés de WWV ou DCF77, qui continuaient d’assurer une référence temporelle fiable dans le monde entier.
Les raisons de cette décision sont clairement économiques et technologiques. La diffusion HF coûte cher à maintenir, et le public concerné est désormais réduit : seulement quelques radioamateurs, marins et passionnés de technologies anciennes. D’ailleurs, cette vague de démantèlement n’est pas isolée : en 2023, la CBC avait aussi arrêté son fameux “long dash”, ce bip long qui rythmait la fin des journaux depuis 1939. La tendance est nette : l’heure se distribue désormais principalement via internet, ce qui soulève toutefois des questions sur la résilience des systèmes de synchronisation en cas de défaillance des réseaux numériques.
En somme, l’arrêt de CHU illustre la transition d’une infrastructure analogique vers un tout numérique, où la simplicité et le coût s’imposent souvent au détriment de la fiabilité absolue. La fin de cette station représente une perte symbolique pour les amateurs d’ondes courtes et un rappel que, malgré tout le progrès technologique, des solutions plus robustes pourraient être nécessaires face à certains coupures essentielles d’infrastructure.
