Un compte désactivé du jour au lendemain, une rémunération “opaque”: les livreurs Uber Eats et Deliveroo exigent la transparence des algorithmes qui organisent leur travail

Des associations et des syndicats ont récemment mis en demeure Uber Eats et Deliveroo afin d’obtenir une transparence accrue sur leurs algorithmes de rémunération et ont également contesté la légitimité de certaines désactivations de comptes, jugées abusives. Cette démarche s’inscrit dans un contexte où la législation européenne prévoit une réforme des droits des travailleurs indépendants, réforme qui doit être transposée en France d’ici la fin de l’année.

Ces associations, notamment la CFDT et Union Indépendants, ont lancé une procédure visant à obtenir des informations détaillées sur le fonctionnement des algorithmes, qui déterminent notamment le montant payé aux livreurs. La CFDT dénonce une opacité “omniprésente” dans la gestion des revenus des travailleurs indépendants. Lors d’une conférence de presse à Paris, Marylise Léon a précisé que « pour les livreurs, il est l’un des seuls domaines où on ne sait pas combien on est payé », pointant ainsi un manque flagrant de transparence dans ces plateformes.

Face à ces pratiques, les syndicats et associations envisagent une action de groupe si aucune réponse satisfaisante n’est apportée dans les six mois.

En plus de demander des clarifications sur le calcul des rémunérations, les syndicats exigent des plateformes qu’elles justifient chaque déconnexion de compte. Une pratique qui, selon eux, mène à des situations injustes, comme celle de Morgan Lempereur. Ce livreur, après une photo de selfie sombre prise en voiture, s’est vu suspendu pendant deux mois, ce qui a eu de lourdes répercussions financières pour lui. Un autre exemple concerne Carlo Armando, déconnecté simplement parce qu’il avait oublié d’enlever son casque lors d’une vérification, une suspension qui dure déjà depuis un mois.

Selon Union Indépendants, près de 2 800 dossiers de “désactivations brutales” ont été traités en deux ans, dont la moitié ont été réactivés, ce qui montre l’ampleur du problème. Les syndicats réclament notamment que ces plateformes compensent financièrement les livreurs dont les comptes ont été désactivés, en réparation du préjudice subi par la perte de revenus. À défaut de réponse appropriée dans les six mois, ils comptent saisir le tribunal judiciaire pour engager une action de groupe.

Les acteurs associatifs, en collaboration avec l’ONG Médecins du Monde, avaient déjà lancé une procédure similaire contre Uber Eats en avril, soulignant la quantité d’éléments matériels rassemblés contre la plateforme. Uber Eats a déclaré maintenir un dialogue régulier avec Union Indépendants et avoir accepté d’examiner plusieurs cas de désactivation de comptes, insistant sur leur volonté de privilégier le dialogue plutôt que la voie judiciaire.

Deliveroo, de son côté, affirme qu’aucun compte n’est désactivé sans intervention humaine préalable et que chaque travailleur dispose d’un droit de recours. La société assure également que ses algorithmes sont en conformité avec la législation et que la rémunération ainsi que la distance à parcourir sont affichées de manière transparente avant chaque acceptation de commande. Cependant, la directive européenne sur la protection des travailleurs indépendants, qui pourrait requalifier certains de ces employés en salariés, devra être adaptée en droit français d’ici décembre, afin de mieux protéger ces millions de travailleurs.

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