En février dernier, les autorités mexicaines ont réussi à neutraliser l’un des chefs du Cartel de Jalisco Nouvelle Génération (CJNG), l’un des groupes criminels les plus puissants et brutaux du Mexique. Lors de cette opération spéciale à Tapalpa, une ville de l’Ouest du pays, des documents confidentiels ont été saisis, dévoilant pour la première fois la gestion administrative et financière de cette organisation criminelle. Ces documents, qui ressemblent à des comptabilités d’entreprises classiques, montrent la complexité organisationnelle du cartel, souvent présenté comme une “multinationale” du trafic de drogue.
Les fichiers trouvés comprennent des tableaux Excel, des listes d’employés, un inventaire des dépenses par catégories, et même des chiffres de ventes mensuelles. La gestion minutieuse permet d’entrevoir la structure interne du cartel, ses ressources humaines, ses coûts opérationnels, mais aussi la rémunération de ses membres, souvent bien inférieure aux salaires moyens dans le pays. Par exemple, les guetteurs de Tapalpa percevaient entre 122 et 146 euros par semaine, une somme qui dépasse le salaire minimum mais reste inférieure à la moyenne nationale.
“Ces documents révèlent une organisation d’une rigueur étonnante, semblable à celle d’une entreprise légitime, mais dédiée au crime organisé.”
Les membres de la petite équipe chargée de la surveillance, les guetteurs, ainsi que les tueurs à gages, bénéficiaient de rémunérations relativement modestes, allant jusqu’à 195 euros pour les seconds, tandis que le chef local touchait environ 296 euros par semaine. Les dépenses courantes comprenaient l’essence, loyer, provisions, réparations de véhicules, et autres frais liés à leur activité clandestine. D’un autre côté, les cadres et opérateurs financiers, comme “El Tuli”, recevaient des avantages bien plus conséquents, avec près de 15.000 euros dépenses pour un seul opérateur financier en une seule journée.
Selon les chiffres relatés dans ces documents, “El Mencho” aurait généré environ 8,7 millions de pesos (près de 420 000 euros) grâce à la vente de diverses drogues, notamment marijuana, cocaïne, méthamphétamine et fentanyl. Toutefois, ses dépenses pour maintenir le réseau dans la région, incluant achats de biens et pots-de-vin, s’élevaient à 1,3 million de pesos. Des sommes importantes furent également versées en pots-de-vin aux autorités locales pour sécuriser leurs opérations, avec des enveloppes de 46.000 et 86.000 pesos respectivement dans deux municipalités voisines.
Ces révélations viennent renforcer la compréhension du fonctionnement interne du CJNG, une organisation qui, malgré sa discrétion, opère avec une rigueur comparable à celle d’une entreprise légale. La mort de “El Mencho” laisse présager des changements, mais ces documents prouvent que le cartel possède une gestion administrative sophistiquée, capable de soutenir ses activités dans plusieurs pays. La transparence sur ces sujets demeure essentielle pour mieux comprendre l’étendue de l’économie souterraine qui alimente la violence au Mexique et au-delà.
