Selon l’organisation patronale Prism’emploi, le recours à l’emploi intérimaire a diminué de 4,6 % en 2025, poursuivant une tendance déjà entamée depuis plusieurs années. Ce recul s’inscrit dans un contexte où l’automatisation et la montée en puissance du statut d’auto-entrepreneur concurrencent fortement le modèle traditionnel d’emploi intérimaire. Entre 2023 et 2025, la baisse cumulée de l’intérim représente près de 100 000 équivalents temps plein, portant le total à 687 100 ETP, un niveau situé entre ceux observés en 2016 et 2017. Les responsables de Prism’emploi expliquent cette évolution par une diversification des formes d’emploi et par la compétitivité accrue de certains statuts, notamment face à la précarisation de l’intérim.
La contraction de l’emploi intérimaire s’accompagne d’un déplacement vers d’autres formes de contrats, notamment l’auto-entrepreneuriat et le CDI d’employabilité, qui séduisent par leur flexibilité et leur coût.
Les secteurs les plus touchés par cette baisse sont le transport et la logistique (-11,7 %), le commerce (-7,7 %) ainsi que les services (-7,1 %). À l’inverse, les secteurs du BTP et de l’industrie enregistrent des baisses plus modestes, respectivement de -2,4 % et -0,6 %. La diminution semble également toucher davantage certains profils, notamment les employés (-15,4 %), ainsi que les cadres et professions intermédiaires (-8,3 %), tandis que le recul est moindre chez les ouvriers non qualifiés (-4,6 %) et qualifiés (-1,6 %). Ces variations invitent à examiner de plus près la dynamique globale du marché de l’emploi intérimaire face à l’évolution des autres contrats.
Au-delà des chiffres, la question du coût et de la régulation du marché de l’intérim demeure centrale. La différence de coût net horaire entre un intérimaire classique en contrat temporaire et un auto-entrepreneur est significative : il est de 48,8 %, l’intérimaire étant plus coûteux. Le contrat de CDI intérimaire (CDII), qui avait connu un essor jusqu’en 2021, voit également son utilisation diminuer, avec seulement 48 900 postes en fin 2025 contre 58 000 quatre ans auparavant. Notamment, Prism’emploi préconise une modification de l’usage du CDII, limité actuellement aux remplacements ou à un surcroît temporaire d’activité, et souhaite voir élargir ces modalités dans le cadre de négociations sur les contrats courts avec les syndicats et le patronat.
Par ailleurs, l’organisation patronale insiste sur la nécessité de mieux encadrer l’auto-entrepreneuriat, soulignant que certains micro-entrepreneurs réalisent des missions en lien avec une subordination réelle mais sans bénéficier d’une couverture sociale adéquate, ce qui remet en question la nature de leur statut. La déléguée générale de Prism’emploi, Isabelle Eynaud-Chevalier, rappelle que « l’emploi salarié est directement affecté par la conjoncture économique, mais pas le nombre de micro-entrepreneurs », soulignant ainsi une tension croissante entre ces deux formes d’emploi. Les discussions en cours sur la réforme des contrats courts pourraient donc entraîner des changements significatifs dans l’organisation du marché du travail, notamment pour renforcer la sécurité des salariés intérimaires.
