Santé mentale au travail 2026 : entre progrès et retour des tabous

Selon une étude récente menée par Moka.Care, le GHU Paris psychiatrie & neurosciences et le Boston Consulting Group, la santé mentale au travail connait une amélioration tangible en 2026. Le score WHO-5, indicateur global du bien-être psychique, atteint désormais 62,8 sur 100, enregistrant une hausse de trois points par rapport à l’année précédente. De plus, 74 % des salariés déclarent bénéficier d’un bon niveau de bien-être mental, soit une progression de quatre points en un an. Ces chiffres témoignent des effets positifs des politiques RH renforcées et des actions de prévention déployées dans les entreprises.

Cependant, malgré ces progrès, la situation demeure fragile et contrastée. Certains indicateurs vitaux comme les troubles du sommeil, qui reculaient de 55 % à 48 %, ou l’irritabilité, en baisse de six points pour atteindre 36 %, restent préoccupants. En outre, un quart des salariés continue de se dire en situation de mal-être, et 70 % d’entre eux ont vécu, sur cinq ans, un trouble lié au travail. La fatigue chronique, affectant encore 41 % des répondants, et le stress chronique, touchant 32 %, illustrent la persistance de problématiques graves. Notamment, le burn-out devient une réalité structurelle pour 24 % des salariés, soulignant la nécessité d’une vigilance renforcée.

Pourtant, le travail reste une source à la fois de stress et de bien-être, ce qui souligne l’importance d’un accompagnement efficace et sensible.

Les inégalités restent également marquantes selon les profils : les femmes affichent un score de 60 contre 66 pour les hommes, tandis que chez les moins de 35 ans, 76 % ont déjà ressenti un trouble psychologique. Plus spécifiquement, chez les 18-24 ans, le stress chronique concerne 46 % d’entre eux. Ces chiffres confirment que la vulnérabilité psychique se manifeste dès le début de la vie active, et que les milieux professionnels constituent des espaces cruciaux pour la détection et la prévention des troubles.

La santé mentale joue un rôle déterminant dans la performance des entreprises. Selon l’étude, 41 % des salariés ont déjà été moins efficaces à cause de leur état psychologique, et 37 % ont dû s’arrêter de travailler en conséquence. Parmi eux, 42 % devaient s’absenter plus d’un mois pour un burn-out, et 15 % ne sont jamais revenus dans leur entreprise. Par ailleurs, 19 % ont préféré démissionner afin de préserver leur santé mentale. Pourtant, malgré ces défis, le travail apparaît toujours comme une source de bien-être pour 69 % des salariés, qui le considèrent comme la quatrième source de satisfaction, derrière notamment leurs relations personnelles.

Le rôle du management est central dans la préservation de la santé mentale. La perception du soutien managérial influe fortement : dans les environnements où le soutien est perçu comme fort, le bien-être augmente de 36 points. Cependant, un manager sur cinq reste lui-même en difficulté, ce qui agit comme un facteur de fragilisation pour l’ensemble de l’organisation. La directrice communication du GHU Paris, Florence Patenotte, rappelait que « la vulnérabilité psychique s’amplifie chez les jeunes, avec une augmentation des cas graves, et que les milieux professionnels doivent jouer un rôle clé dans la détection et la prévention ». La prévention efficace doit donc s’étendre à tous les niveaux, notamment en combattant le retour du tabou autour des troubles psychiques.

Si les avancées sont clairement visibles, la persistance des préjugés freine encore la mise en place d’un environnement de travail réellement soutenant. Ainsi, 32 % des salariés considèrent que les troubles psychiques sont un signe de faiblesse, un chiffre en hausse de dix points par rapport à l’année précédente. La stigmatisation persiste également face à la consultation psychologique, perçue par 29 % des salariés comme un signe d’échec, et la santé mentale reste majoritairement vue comme une affaire privée par 54 %. Cette culture du silence complique la prévention et aggrave les risques pour les organisations, car seuls 43 % des concernés évoquent leur situation avec leur employeur. Pierre-Etienne Bidon de Moka.Care insiste : « La résurgence du tabou est préoccupante et l’enjeu est que chaque individu puisse se sentir en sécurité pour parler. La déstigmatisation doit continuer à tous les niveaux. »

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