Le Mexique se distingue comme le pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) où la durée annuelle de travail est la plus importante, avec près de 2 200 heures par an et par salarié. En comparaison, la moyenne de l’OCDE tourne autour de 1 700 heures, et en France, les travailleurs consacrent environ 1 500 heures à leur emploi. Cette surcharge de travail s’accompagne d’un salaire moyen relativement faible, avoisinant les 20 000 dollars par an, contre 61 000 dollars pour la moyenne des pays de l’OCDE en parité de pouvoir d’achat.
Pour remédier à cette situation, le gouvernement mexicain a adopté fin février une nouvelle législation visant à réduire progressivement la durée du travail hebdomadaire. La réforme prévoit un passage de 48 à 40 heures par semaine d’ici 2030, en diminuant de deux heures chaque année, à commencer par 46 heures en 2027 puis 44 en 2028, jusqu’aux 40 heures fixées en 2030. La mesure n’entraînera pas de perte de salaire pour les travailleurs concernés, dans une volonté de concilier productivité et mieux-être des salariés.
Cette réduction du temps de travail est perçue comme une opportunité de repenser la productivité et l’efficacité, afin de pallier la faiblesse du rendement économique face à une longue durée de travail.
Le contexte social est également marqué par une forte précarité : 55 % des travailleurs évoluent dans le secteur informel, ce qui limite la portée de cette réforme. En effet, ceux en dehors du secteur déclaré ne pourront pas bénéficier directement des nouveaux horaires, ce qui soulève la question de l’efficacité globale de la mesure en matière d’amélioration des conditions de vie des travailleurs. Par ailleurs, certains critiques dénoncent l’insuffisance de la législation, qui ne fixe qu’un seul jour de repos par semaine et autorise jusqu’à 16 heures supplémentaires, laissant la possibilité de semaines de travail pouvant atteindre 56 heures.
Le débat reste vif autour de cette réforme : d’un côté, les représentants du gouvernement et certains experts voient une opportunité pour augmenter la productivité et améliorer le bien-être des salariés ; de l’autre, des partis politiques et des syndicats réclament un minimum de deux jours de repos consécutifs pour garantir une réelle amélioration des conditions de vie et de travail. Sur le plan économique, certains craignent une hausse des coûts pour les entreprises, estimée entre 10 et 25 %, ce qui pourrait complexifier leur gestion financière dans un contexte de faible productivité.
Selon l’analyse de l’Ipade Business School relayée par Milenio, cette réforme pourrait stimuler la productivité en incitant les entreprises à innover dans leur gestion du temps et des résultats. Des stratégies telles que l’automatisation, la numérisation des processus ou la réduction bureaucratique pourraient devenir essentielles. Stefano Scarpetta, directeur de l’emploi à l’OCDE, souligne que travailler plus longtemps ne garantit pas forcément de meilleures performances économiques, et que cette réforme pourrait l’aider à débloquer le potentiel du pays en matière de croissance.
