“La surprise est quasi générale” pour le personnel éducatif : un lycéen sur 4 a un job en parallèle de ses cours (souvent de plus de 10 heures par semaine) et il en est souvent très fier

Selon une étude scientifique inédite réalisée par le Céreq, un phénomène largement sous-estimé concerne le travail des lycéens en dehors de leur vie scolaire. En effet, un lycéen sur quatre travaille pendant ses périodes de cours, que ce soit en soirée ou le week-end. De plus, un tiers d’entre eux exercent une activité professionnelle au cours de l’année scolaire, incluant les petites vacances hors été. Même pendant les grandes vacances, une majorité de lycéens, soit 56%, poursuivent une activité rémunérée. Ces chiffres, bien que peu connus et peu évoqués dans le débat public, révèlent une réalité qui reste très souvent ignorée par l’éducation nationale et la société dans son ensemble.

Ce phénomène concerne toutes les catégories socio-professionnelles et tous les types d’établissements, des zones rurales aux quartiers centraux des grandes villes. L’étude souligne également la forte présence d’activités informelles ou illégales, telles que la revente en ligne, les travaux non déclarés ou encore des trafics illicites, ce qui complique encore la compréhension globale du phénomène. Thierry Berthet, directeur de recherche au CNRS, précise que la majorité des élèves commencent à travailler dès le collège, souvent avant l’âge légal, ce qui pose la question des conditions et des effets de cette insertion précoce sur leur parcours éducatif et social.

La réalité du travail lycéen est bien plus présente qu’on ne le croit, et elle implique un enjeu crucial pour la société et le système éducatif.

Les activités exercées par ces jeunes sont diverses : babysitting, restauration rapide, livraison, travaux agricoles, vente en ligne ou activités touristiques. Certaines de ces activités sont effectuées pour financer des projets personnels, comme l’achat d’un permis ou d’un moyen de transport, ou pour anticiper leur entrée à l’université. Thierry Berthet souligne que cette recherche d’autonomie et d’indépendance est très marquée chez les lycéens, qui ressentent souvent une fierté à travailler, perçu comme une étape de leur maturation et une affirmation d’eux-mêmes. Selon l’étude, la majorité d’entre eux travaille régulièrement, au moins une semaine sur deux, et près de la moitié dépasse 10 heures de travail hebdomadaire, ce qui soulève des questions sur l’impact de cette surcharge sur leur équilibre et leur réussite scolaire.

Les liens entre travail scolaire et décrochage restent ambigus : certains pensent que le travail peut entraîner des difficultés d’ordre scolaire, mais l’étude insiste sur l’absence de lien mécanique. Lorsqu’un jeune dépasse 12 à 15 heures de travail par semaine, le risque de décrochage scolaire augmente, mais il ne s’agit pas d’un phénomène uniforme. La gestion du temps devient souvent un défi pour ces étudiants, leur emploi du temps très contraignant limitant tant leur temps de devoir que leurs activités sociales et familiales. Pourtant, pour beaucoup, le travail représente une étape nécessaire pour leur autonomie et leur avenir, et non une cause de découragement.

En conclusion, la réalité du travail des lycéens, souvent méconnue, reflète une ambition de progrès, d’indépendance et de préparation à la vie active. La société doit revoir sa perception de cette situation et mieux prendre en compte cette réalité pour garantir un accompagnement équilibré. Thierry Berthet insiste sur la nécessité d’intégrer cette situation dans le système éducatif, afin de reconnaître ces expériences comme des compétences et d’assurer une régulation adaptée, pour que le travail ne devienne pas un obstacle mais une étape d’émancipation pour ces jeunes.

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