C’est une révélation inattendue qui fait grand bruit dans le monde de la défense : le porte-avions nucléaire français Charles-de-Gaulle a été localisé grâce à une application de sport grand public, Strava. Le journal Le Monde a pu établir que, lors d’une activité sportive enregistrée le 13 mars, un officier de la Marine nationale a partagé accidentellement la position exacte du navire en pleine mission en Méditerranée orientale. La course, un footing de plus de 7 km sur le pont du navire, a été géolocalisée par une montre connectée synchronisée avec Strava, dont le profil était public à ce moment-là.
Le tracé GPS de la course a permis de confirmer la position du porte-avions à seulement six kilomètres du point GPS, en pleine zone stratégique au large de Chypre. La vérification a été effectuée à l’aide d’images satellite de l’Agence spatiale européenne, qui attestait de la présence du navire dans cette zone. À ce moment précis, le Charles-de-Gaulle se trouvait à un centaine de kilomètres des côtes turques, dans le cadre d’un déploiement lié au conflit au Moyen-Orient. Plus étonnant encore, en remontant le profil de l’officier, le Monde a réussi à suivre ses déplacements sur plusieurs semaines, depuis le Cotentin en France jusqu’à la mer Baltique, illustrant la facilité avec laquelle ces données pouvaient être exploitées.
La combinaison de données personnelles et militaires issues de Strava révèle un problème de sécurité chronique pour les forces armées, soulignant la vulnérabilité même des déploiements stratégiques modernes.
Ce cas s’inscrit dans une problématique plus large surnommée “StravaLeaks”, que Le Monde avait déjà mise en lumière à l’automne 2024. À cette époque, les journalistes avaient identifié des gardes du corps d’Emmanuel Macron, Donald Trump, Vladimir Poutine, ainsi que des agents de la DGSE en mission en Irak, grâce aux activités sportives publiquement accessibles sur l’application. Au total, plus de 450 utilisateurs liés à l’armée française ont été recensés actifs sur Strava au cours de la dernière décennie, certains enregistrant des séances à proximité de sites sensibles comme l’Île Longue, où sont amarrés des sous-marins nucléaires.
Ce n’est pas la première fois que la plateforme de suivi sportif met en difficulté les services militaires. Dès 2018, une carte de chaleur de Strava avait révélé la localisation de bases et de patrouilles américaines en Syrie, en Irak et en Afghanistan, poussant le Pentagone à interdire l’usage de montres connectées en déploiement. Cependant, cette interdiction n’a pas totalement empêché la prolifération de ces risques, et cet incident récent souligne que la sensibilisation doit encore progresser. La Marine nationale a reconnu que ces divulgations “ne sont pas conformes aux consignes en vigueur”, tout en rappelant que la configuration par défaut des comptes Strava est en mode public, ce qui facilite l’accès aux données GPS.
Malgré toutes ces alertes, il est difficile de croire qu’en 2026, un officier de la Marine puisse encore courir avec une montre GPS en mode public sur le pont d’un porte-avions nucléaire. La fin de l’article souligne que tant que les autorités militaires ne mettront pas en place des mesures strictes interdisant ou contrôlant l’usage de ces appareils à bord, ce type de fuite continuera. La question demeure : faut-il interdire purement et simplement ces dispositifs en opération ou revoir totalement les procédures de sécurité pour éviter de telles failles ?
