Le décès du chef du Cartel de Jalisco Nouvelle Génération (CJNG), surnommé “El Mencho”, lors d’une opération des forces armées mexicaines en février dernier, a permis de dévoiler une facette inattendue de l’organisation criminelle. En effet, la découverte de centaines de documents de comptabilité met en lumière l’organisation interne du cartel, transformée en une véritable multinationale du trafic de drogues, avec une gestion minutieuse de ses coûts et de ses recettes.
Les documents, retrouvés lors de l’intervention dans la ville de Tapalpa, révèlent que, malgré sa brutalité et sa discrétion, le cartel gérait ses opérations avec une rigueur administrative comparable à celle d’une entreprise conventionnelle. Selon le journal mexicain El Universal, ceux-ci comprenaient des tableaux Excel détaillant les salaires, les dépenses par catégories, et le suivi des ventes de drogues, en particulier dans la région occupée par le groupe. Ces documents soulignent également l’aspect structuré de cette organisation, avec des listes d’employés et un inventaire précis des coûts.
Les chiffres montrent une gestion financière sophistiquée au sein d’un cartel, transformant des activités illicites en une organisation quasi entrepreneuriale.
Les rémunérations des petites mains du cartel sont particulièrement révélatrices, avec des guetteurs touchant entre 122 et 146 euros par semaine, soit moins que le salaire moyen au Mexique en février 2026, mais supérieur au minimum légal. Les assassins à gages perçoivent eux environ 195 euros chaque semaine, tandis que le chef de la cellule locale reçoit jusqu’à 296 euros, ce qui témoigne d’une hiérarchie clairement définie et rémunérée en conséquence. En parallèle, les dépenses mensuelles incluaient l’essence, les loyers, les provisions, et les coûts de réparation des véhicules utilisés dans les opérations quotidiennes.
Les documents révèlent aussi que la hiérarchie supérieure et les opérateurs financiers bénéficiaient de rémunérations nettement plus importantes. La somme de 14.600 euros a été dépensée par Hugo César Macías Ureña, “El Tuli”, qui transportait environ un million de dollars en liquide lorsqu’il a été intercepté. Selon la Silla Rota, il aurait aussi transporté 7 millions de pesos (près de 350.000 euros) en espèces. La gestion des recettes provenant de la vente de drogues, notamment marijuana, cocaïne, méthamphétamine et fentanyl, permettait au cartel de générer près de 8,7 millions de pesos (soit environ 423 000 euros), tout en dépensant 1,3 million de pesos pour maintenir ses activités.
En plus des coûts liés à l’exploitation, le cartel n’hésitait pas à verser des pots-de-vin pour garantir sa tranquillité, payant 46 000 pesos et 86 000 pesos respectivement aux forces de police des municipalités d’Atemajac de Brizuela et Chiquilistlán. Ces détails illustrent toute l’étendue de l’organisation, depuis la gestion financière jusqu’à la corruption institutionnelle, révélant ainsi la complexité et la sophistication d’un cartel devenu un véritable empire criminel international.
