“Je ne peux pas dire à un salarié de se coucher à 22 heures”: comment parler du manque de sommeil à ses salariés? Sujet tabou et sacré casse-tête pour les managers

La santé des salariés est aujourd’hui mise à rude épreuve par l’une des urgences méconnues mais cruciale : le sommeil. Selon une enquête menée par l’Institut national du sommeil et de la vigilance (INSV) en partenariat avec OpinionWay, un quart des Français dorment moins de 6 heures par nuit, une durée largement insuffisante selon les recommandations internationales qui préconisent entre 7 et 9 heures. En moyenne, les Français ne bénéficient que de 6h50 de sommeil en semaine, ce qui représente une diminution de 14 minutes par rapport à l’année précédente, et une perte colossale de 1h30 en 50 ans, traduisant une dégradation progressive mais dramatique de leur repos.

Les causes en sont multiples : le stress lié au travail, une alimentation déséquilibrée, l’omniprésence des écrans et la perte d’attention face à ces distractions. “Le sommeil est un des éléments les plus importants pour notre santé”, souligne le psychologue du travail Samuel Laurent. Il joue un rôle clé dans la régulation du cortisol, cette hormone du stress, permet au cerveau de se purifier, influence la digestion et est directement lié à de graves maladies telles que le cancer, le diabète ou encore les affections cardiovasculaires. De plus, le manque de sommeil impacte tous les aspects de la vie quotidienne, notamment la sphère professionnelle.

“Les problématiques de sommeil ont des répercussions directes sur la performance, la sécurité et le bien-être dans l’entreprise.” – Samuel Laurent

Les conséquences pour les entreprises sont sérieuses : erreurs accrues, absentéisme, accidents du travail et tensions entre collègues. Pourtant, aborder ce sujet demeure un défi majeur car le sommeil reste une sphère très personnelle. La tentation pour un manager serait de s’immiscer dans la vie privée des salariés, en leur conseillant de se coucher à telle heure ou de privilégier certains matelas. Or, il est essentiel de respecter la frontière entre vie professionnelle et vie privée. Comme le rappelle Alizé Cerulo, directrice clientèle chez Tellent, “Il y a un respect à avoir entre la sphère privée et la sphère professionnelle”.

Pour autant, des gestes simples peuvent favoriser un meilleur sommeil sans empiéter sur la vie privée. La manager évoque l’organisation du travail, l’allègement de l’agenda, la détection des signes de fatigue ou encore la proposition de déconnexion en début d’après-midi pour éviter le surmenage. Elle insiste aussi sur l’écoute et la bienveillance, notamment en proposant des arrêts temporaires ou en permettant aux employés de prendre quelques jours de repos lorsque leur fatigue devient évidente. Une telle approche vient renforcer l’équilibre entre performance et bien-être, essentiel pour la pérennité de l’entreprise.

Enfin, il est important de souligner que le cercle vicieux entre stress au travail et mauvaise qualité du sommeil doit être brisé. Le stress nocturne, qui perturbe l’endormissement, s’accompagne d’une régulation du cortisol défaillante, amplifiant la fatigue et la baisse d’estime de soi. Ce phénomène devient une endémie, comme l’indiquent les résultats du baromètre Ekilibre, où près de 80 % des salariés rapportent une fatigue professionnelle chronique. La clé réside dans la création d’un environnement de travail permettant autonomie, reconnaissance et gestion saine du stress, afin de rompre cette boucle infernale.

Une meilleure gestion des rythmes et des signaux de fatigue pourrait prévenir l’endémie d’épuisement professionnel qui frappe aujourd’hui nos entreprises.

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