La promesse de l’IA aux cinéastes indépendants : plus rapide, moins cher, plus solitaire

Un homme philippin parcourt l’arrière-cour de sa maison d’enfance à Hawaï, ses pas faisant siffler l’herbe sous ses pieds. Les oiseaux chantent dans le din tropical, créant une atmosphère riche et immersive. Il se dirige vers une petite chapelle située au pied d’un arbre à carambole. En se penchant pour inspecter une photo en noir et blanc d’une femme aux cheveux à la mode des années 1950, un vent soudain secoue les branches du arbre, renversant le contenu de la shrine. L’homme recule, trébuche sur une racine et se cogne la tête. Lorsqu’il se réveille, il se trouve perdu dans une forêt sombre et brumeuse, face à une femme portant un masque en terre cuite, brandissant une épée.

Elle lui demande dans sa langue maternelle, l’ilocano, une langue filipino-hawaïenne, « Qui êtes-vous qui ose dormir sous l’arbre sacré ? » tout en le menaçant avec son épée. Il répond qu’il s’est simplement perdu et tente de fuir, mais la femme le poursuit, alternant entre course et lévitation. Lors d’une seconde chute, elle s’approche, l’épée levée. Il lui jette une pierre, brisant alors son masque en terre cuite et révélant la moitié de son visage : « Maman ? » demande-t-il, surpris. Ce scénario ouvre le film « Murmure » du réalisateur indépendant Brad Tangonan, dont tout l’univers, de la texture des plans à l’atmosphère onirique délavée, conserve une signature proche de ses œuvres précédentes. La différence notable ? Il a utilisé l’intelligence artificielle pour le réaliser.

Tout comme ses prédécesseurs, Tangonan voit l’IA comme un outil permettant de raconter une histoire qui aurait été hors de portée sans ressources suffisantes, tout en soulignant l’aspect créatif et personnel de son utilisation.

Lors du Google Flow Sessions, une cohorte de cinq semaines visant à explorer ces nouveaux outils, Tangonan et neuf autres réalisateurs ont découvert des suites d’outils d’IA de plus en plus sophistiquées, incluant Gemini, Nano Banana Pro et Veo. Chacun de ces films, même très variés dans leur scope, a prouvé que l’IA ne produisait pas forcément du « mauvais » contenu automatisé, mais plutôt de nouvelles possibilités de narration. Certains, comme Hal Watmough, combinent visuels hyperréalistes et styles caricaturaux, pour parler de routines matinales, tandis que d’autres, comme Tabitha Swanson, explorent des thèmes profonds liés à l’IA et à notre rapport à la technologie.

Selon les cinéastes interviewés, l’IA leur permet de raconter des histoires qu’ils n’auraient pas pu réaliser dans le cadre de contraintes budgétaires ou temporelles, à condition de garder leur vision personnelle. Brad Tangonan insiste ainsi sur le fait que l’IA est une facilitatrice et non un remplaçant, soulignant que ses décisions créatives restent en son pouvoir. Par exemple, il a utilisé Nano Banana Pro pour générer des images qui ont servi de base pour son film, tout en conservant le script et l’esthétique qu’il avait conçus lui-même.

Mais cette révolution soulève aussi des questions éthiques, économiques et environnementales. Parmi celles-ci, la crainte de voir l’industrie du cinéma se réduire à une course à la productivité, au détriment de la qualité artistique et de la collaboration. Certains réalisateurs emblématiques, comme Guillermo del Toro ou James Cameron, ont exprimé leur scepticisme quant à l’usage de l’IA, la qualifiant souvent de vide de sens ou dénuée d’âme. Pourtant, d’autres insistent sur l’aspect démocratisant de ces outils, permettant à des créateurs indépendants d’accéder à des ressources autrefois réservées aux studios les plus riches.

Si l’intégration de l’IA dans le cinéma peut démocratiser la création, elle menace également de transformer profondément la relation entre artistes et production, pour le meilleur et pour le pire.

La complexité réside donc dans l’usage que chacun en fait. Certains cinéastes, comme Keenan MacWilliam avec son film « Mimesis », privilégient une utilisation ciblée, employant l’IA pour compléter leur propre vision artistique sans la diluer. Elle a travaillé avec ses propres images et enregistrements, évitant de se reposer uniquement sur la génération automatique. La clé, selon eux, reste de préserver la créativité humaine en contrôlant les outils, plutôt que de céder à une automatisation destructrice.

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