D’après les données récemment publiées par l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), le taux de chômage en France est resté stable à 7,5 % au dernier trimestre 2023. Cette stabilité soulage quelque peu le gouvernement face à un marché du travail qui reste fragile, mais elle n’a pas empêché l’ouverture de discussions cruciales entre partenaires sociaux concernant la réforme de l’assurance chômage. Ces négociations interviennent dans un contexte où l’État cherche à réaliser d’importantes économies sur le budget consacré aux allocations, qui représente près de 26 % des dépenses globales de l’assurance chômage.
Le rendez-vous clé de ces négociations est prévu ce mercredi à 13h30, où patronat et syndicats se retrouveront pour tenter de s’accorder sur plusieurs points, notamment la potentielle extension de la dégressivité des allocations chômage. Alors qu’actuellement cette mesure ne concerne que les cadres dont le salaire dépasse 4 500 euros brut par mois, la CPME, la Confédération des petites et moyennes entreprises, propose d’étendre cette dégressivité à tous les chômeurs, ce qui pourrait signifier une baisse automatique des allocations pour une partie plus large de la population. Cette proposition fait figure de forcing, le patronat souhaitant réaliser jusqu’à un milliard d’euros d’économies.
La dégressivité généralisée des allocations chômage pourrait concerner l’ensemble des chômeurs, une mesure controversée mais défendue par certains pour réduire les dépenses.
Les négociations s’annoncent difficiles, car les syndicats restent divisés sur la question. La CFE-CGC, notamment, ne ferme pas la porte à la dégressivité mais préfèrerait qu’elle ne s’applique qu’aux ruptures conventionnelles, tandis que la CFDT y est farouchement opposée, craignant une stigmatisation accrue des chômeurs. D’autres pistes sont également évoquées pour limiter les abus, comme le renforcement des contrôles ou l’instauration d’un délai de carence avant le versement des allocations, en particulier pour les personnes recourant fréquemment au dispositif de rupture conventionnelle.
Ce dernier dispositif est devenu une cible privilégiée du gouvernement, qui dénonce depuis plusieurs mois ses supposés “abus”. Créé pour faciliter les ruptures d’un CDI à l’amiable, il permet à un salarié de toucher des indemnités similaires à celles du licenciement, tout en bénéficiant des allocations chômage. Selon l’Unédic, les dépenses liées à ces ruptures ont atteint 9,4 milliards d’euros en 2024, représentant une part importante, soit 26 %, du total des dépenses de l’assurance chômage. Par ailleurs, les syndicats continuent de demander des négociations sur les contrats courts, en critiquant notamment le système du bonus-malus, jugé peu efficace pour réduire la précarité dans l’emploi.
En somme, ces discussions sur la réforme de l’assurance chômage illustrent une volonté partagée par l’État, le patronat et certains syndicats de faire des économies tout en réorganisant les dispositifs de protection sociale pour mieux encadrer le marché du travail. Cependant, l’équilibre demeure fragile, avec des propositions qui risquent de diviser davantage acteurs et bénéficiaires.
