Les débats autour du droit au reverse-engineering flambent une fois de plus, soutenus par des voix influentes comme celle de Cory Doctorow. Pour rappel, le reverse-engineering consiste à désosser un logiciel ou un appareil pour comprendre son fonctionnement, sans pour autant chercher à le pirater. Cette pratique essentielle permet notamment de réparer, améliorer ou vérifier l’absence de malwares dans nos appareils. Pourtant, dans de nombreux pays, cette démarche reste illégale, sous le prétexte de protéger la propriété intellectuelle ou d’empêcher la contrefaçon.
Doctorow évoque un phénomène qu’il appelle l'”enshittification” — un terme volontairement choquant — qui décrit la tendance des entreprises à dégrader volontairement leurs produits pour forcer les consommateurs à payer davantage ou à en racheter un neuf. Par exemple, votre imprimante qui refuse d’accepter des cartouches compatibles, ou encore un tracteur John Deere verrouillé pour empêcher toute réparation indépendante, illustrent parfaitement cette tendance. À cela s’ajoutent des dispositifs comme les onduleurs solaires chinois équipés de kill switches à distance, renforçant la nécessité de rendre le reverse-engineering légal pour garantir notre autonomie face à ces pratiques.”
“Le combat de Doctorow est de faire sauter ces verrous juridiques qui protègent l’obsolescence programmée au détriment des consommateurs.”
Ce qui complique la donne, c’est la législation exclusivement américaine, notamment le DMCA, qui protège ces pratiques de verrouillage. Même si vous achetez un produit, il est souvent illégal de démonter ou d’étudier ses composants. À l’inverse, l’Europe semble prendre un tout autre chemin, avec des lois plus protectrices. L’article 6 de la directive européenne sur les logiciels autorise par exemple la décompilation pour garantir l’interopérabilité. En France, l’article L. 122-6-1 du Code de la propriété intellectuelle va encore plus loin, rendant nul et non avenu toute clause contractuelle interdisant le reverse-engineering, même dans les Conditions Générales d’Utilisation.
Le Royaume-Uni, post-Brexit, pourrait devenir un terrain fertile pour le reverse-engineering légal. En étant libéré de l’harmonisation européenne, il aurait la liberté d’assouplir ses lois pour devenir un véritable hub dédié à cette pratique, à condition d’éviter la pression des lobbys américains. Cette évolution pourrait révolutionner la manière dont nous interagissons avec nos appareils connectés, en permettant à tout un chacun d’analyser, réparer ou sécuriser ses équipements sans crainte de représailles juridiques.
Le reverse-engineering a des avantages concrets : découvrir si un thermostat intelligent envoie vos données à des serveurs douteux, réparer un tracteur sans attendre un technicien coûteux, ou vérifier si votre onduleur solaire possède une backdoor exploitée par des hackers. Grâce à des outils accessibles comme ReverserAI, cette pratique se démocratise, même pour ceux qui ne sont pas experts en informatique. En fin de compte, le combat de Doctorow vise à libérer cet accès pour lutter contre l’obsolescence programmée et restituer aux citoyens leur pouvoir face aux appareils sophistiqués et verrouillés.
