Le 7 août 2019, dans le Mississippi, des centaines d’enfants rentrent de leur premier jour d’école, cartables sur le dos, impatients de raconter leur journée à leurs parents. Cependant, à leur arrivée, ils découvrent des maisons vides ou des usines entourées par des agents fédéraux, illustrant la portée impressionnante des opérations menées par l’ICE (Services d’Immigration et de Contrôle des Frontières américains). Lors de cette journée, 680 personnes sont arrêtées dans ce qui reste l’une des plus grandes rafles de l’histoire des États-Unis dans un seul État, une opération parfaitement orchestrée grâce à une technologie d’analyse et de surveillance sophistiquée.
Au cœur de cette logistique se trouvent des documents officiels et une application nommée FALCON Tipline, un outil de Palantir vendu à la Homeland Security Investigations (HSI). Utilisant la plateforme Palantir, cette dernière centralise et exploite des millions de données pour planifier des interventions coordonnées. La plateforme FALCON, décrite dans un contrat officiel, se présente comme une plateforme fédérée capable de faire parler des bases de données normalement séparées, révélant une capacité de recherche et d’analyse qui peut briser des vies en un clin d’œil.
Une technologie omniprésente, longtemps restée secrète, qui sait déjà probablement tout de vous.
Mais d’où vient cette puissance de surveillance et comment une petite startup de Silicon Valley a-t-elle transformé la traque numérique en un outil au service des agences gouvernementales ? L’histoire de Palantir débute dans le contexte post-11 septembre, lorsque le Pentagone cherche désespérément des moyens de connecter des millions d’informations pour prévenir de futures attaques. Le projet Total Information Awareness est abandonné, mais l’idée persiste, finançant la création de Palantir en 2004 par Peter Thiel, à un moment où la Silicon Valley reste hostile à l’industrie de la défense.
Rapidement, Palantir se distingue par son logiciel Gotham, capable d’ingérer des données disparates : images satellites, rapports d’interrogatoire, conversations en ligne, fichiers fiscaux, plaques d’immatriculation, relevés bancaires, pour n’en citer que quelques-uns. Développé en collaboration étroite avec des analystes du renseignement, ses ingénieurs envoyaient directement leurs créations dans des agences, créant ainsi une synergie secrète et puissante. Dès lors, Palantir devient un acteur central dans le développement de la surveillance de masse, tout en prétendant défendre la sécurité et la liberté civile.
Les révélations d’Edward Snowden en 2013 ont exposé l’étendue de la collecte de données, notamment grâce à Palantir. Des outils tels que “XKEYSCORE Helper”, utilisés par la NSA, illustrent une acquisition de données privées massive. Ces systèmes permettent à des agents d’explorer en toute fluidité des rivages d’informations personnelles, alimentant la surveillance globale dans une sorte de dystopie numérique. En parallèle, des documents dévoilent aussi des collaborations plus controversées, comme le rôle de Palantir dans la préparation de campagnes de désinformation contre WikiLeaks, ce qui soulève d’importantes questions éthiques et démocratiques.
Une intelligence artificielle omniprésente, capable de repérer des menaces potentielles avant même qu’elles ne se concrétisent, remet en question nos libertés fondamentales.
Une autre facette inquiétante de Palantir concerne ses applications en police prédictive. Des villes comme Los Angeles ou la Nouvelle-Orléans utilisent ses algorithmes pour tenter d’anticiper la délinquance, en analysant liens sociaux et antécédents. Si certains voient dans ces outils une avancée pour la sécurité publique, leurs biais et leur opacité ont déjà suscité de vives critiques. Des enquêtes ont montré que de telles technologies renforcent souvent les préjugés raciaux et ciblent injustement certaines communautés, alimentant ainsi un cycle de discrimination et de contrôle excessif.
